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1639

Jean Chapelain, Lettre à M. de Balzac

Corneille rebuté du métier

Cette lettre datée du 15 janvier 1639 décrit l'attitude de Corneille après les événements de la querelle du Cid:

On m’a dit de M. de Gomberville qu’il pourrait bien encore rhabiller son roman et lui donner une nouvelle scène. C’est ce que nous saurons mieux dans trois semaines ou un mois. Corneille est ici depuis trois jours et d'abord m’est venu faire un éclaircissement sur le livre de l’Académie pour ou plutôt contre Le Cid, m’accusant et non sans raison d’en être le principal auteur. Il ne fait plus rien et Scudéry a du moins gagné à cela, en le querellant, qu’il l’a rebuté du métier et lui a tari sa veine. Je l’ai autant que j’ai pu réchauffé et encouragé à se venger et de Scudéry et de sa protectrice en faisant quelque nouveau Cid qui attire encore les suffrages de tout le monde, et qui montre que l’art n’est pas ce qui fait la beauté. Mais il n’y a pas moyen de l’y résoudre, et il ne parle plus que de règles et que des choses qu’il eût pu répondre aux académiciens, s’il n’eût point craint de choquer les puissances, mettant au reste Aristote entre les auteurs apocryphes lorsqu’il ne s’accommode pas à ses imaginations.
Scudéry a fait un Amour tyrannique qui fait grand bruit, quoiqu’il y ait dans la constitution et invention de notables défauts.
Mondory est confisqué sans remède et il n’a plus que le droit de vétéran sur le théâtre.

Lettre en ligne sur Gallica t.I p. 367 


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