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1702

Mme de Maintenon, Lettre à Mme Du Pérou

Des représentations bien gardées

Dans cette lettre datée du 4 février 1702, Madame de Maintenon explique les raisons pédagogiques qui la poussent à faire jouer des tragédies à ses élèves et donne des règles strictes sur les conditions de représentation de celles-ci, qui ne doivent admettre aucun homme dans la salle:

Il m'a toujours paru que vous désirez que j'écrive sur les choses qui pourraient être de quelque conséquence dans votre Maison. Je mets dans ce rang-là les représentations des belles tragédies que j'ai fait faire pour vous et qui pourront peut-être à l'avenir être imitées. Mon dessein a été d'éviter les mauvaises compositions des religieuses, telles que j'en avais vu à Noisy. J'ai cru qu'il était raisonnable et nécessaire de divertir les enfants et j'ai vu pratiquer tous les lieux où l'on en a rassemblé. Mais j'ai voulu, en divertissant ceux de Saint-Cyr, remplir leur esprit de belles choses, leur donner de grandes idées de la religion, élever leur coeur aux sentiments de la vertu, orner et cultiver leur mémoire des choses dont elles ne seront point honteuses dans le monde, leur apprendre à prononcer, les occuper pour les retirer des conversations qu'elles ont entre elles et amuser surtout les grandes qui, depuis 15 ans jusqu'à 20, s'ennuient un peu de la vie de Saint-Cyr.
Voilà mes raisons pour continuer chez vous ces représentations tant que vos supérieurs ne vous les défendront pas. Mais vous devez les renfermer dans votre Maison et ne les jamais faire à la grille sous quelque prétexte que ce soit. Il sera toujours dangereux de faire voir à des hommes des filles bien faites et qui ajoutent des agréments à leur personne en faisant bien ce qu'elles représentent. Ni souffrir, dis-je, aucun homme quel qu'il soit, ni pauvre, ni riche, ni jeune, ni vieux, ni prêtre, ni séculier, je dis même saint, s'il y en a sur terre. Tout ce qu'on pourrait faire si un supérieur voulait voir ce que c'est en effet que ces pièces, ce serait de faire jouer les plus petites, comme nous avons fait dans le passé. Je ne suis pas sans peine sur ce que nous fîmes hier. Vous savez comment nous nous y sommes embarqués, mais j'espère et je vous conjure que ce soit la dernière fois.

Lettres de Madame de Maintenon, éd. Hans Bots et Eugénie Bots-Estourgie, Champion, Paris, 2010, vol. III,  p. 342-343


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