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1681

Raymond Poisson, Les fous divertissants

Paris, Ribou, 1681

Goût présent, goût passé

Dans la scène III du premier acte, deux personnages de barbons ridicules évoquent le goût présent pour le théâtre tout en regrettant les ballets du passé:

M. VILAIN.
Angélique aime fort la musique et la danse:
Mais sans sortir d’ici, et sans nulle dépense,
On la satisfera.

M. GROGNARD.
Vous voyez si nos fous
Se concertent entre eux, que ce n’est que pour nous.
Vous les venez de voir mettre tout en pratique ;
Eux-mêmes font les pas, les vers, et la musique.

M. VILAIN.
On voit quelques ballets à présent ; mais je crois
Qu’on n’en verra jamais de si beaux qu’autrefois.

M.GROGNARD.
De notre temps c’était une chose divine:
Ces Ballets de Mondor dans la Place Dauphine.

M. VILAIN.
Ah, vous en souvient-il ? Ces gens-là dansaient bien ;
Ils avoient tout le monde, et s’ils ne prenaient rien.

M. GROGNARD.
Ah, c’était le bon temps. Il n’est point de théâtre,
Qui n’ait quelque agrément, et que l’on n’idolâtre ;
Le monde est aujourd’hui pour ces spectacles-là ;
Et vieux comme je suis, je cours voir tout cela.
Mais avec leur musique et leurs métamorphoses,
Les Ballets de Mondor étaient tout autres choses.

Extrait signalé par J.M. Hostiou 
Paris, Ribou, p. 7-8


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