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père Hercule, Lettres à Philandre

Lettres à Philandre, G. Couton et Y. Giraud, Éditions universitaires de Fribourg, 1975

Contre le jugement du spectateur

Cette extraordinaire diatribe nous conserve l'une des manières dont le champ critique se configure au moment de la querelle du Cid

Pour ravir le peuple, on n’est pas encore approuvé. Il faut plaire aux sages, peser les raisons plutôt que compter les partisans et ne considérer pas tant le plaisir que l’utile. Une pièce de théâtre est bonne non pas quand elle plaît seulement, mais quand elle produit un contentement raisonnable. Comme dans la musique et dans la peinture, nous n’estimons pas que tous les concerts et tous les tableaux soient bons, parce qu’ils ont plu au vulgaire, si les préceptes de ces arts ne sont bien observés et si les experts qui en sont les vrais juges ne confirment par leur approbation celle de la multitude. Il n’est pas question de satisfaire les vicieux ou les libertins qui ne font que rire des adultères et des parricides. Il n’est pas question non plus de plaire à ceux qui regardent toutes choses d’un œil ignorant ou barbare et qui ne seraient pas moins affligés de voir pleurer Clytemnestre que Pénélope. Les mauvais exemples sont contagieux même sur les théâtres, les feintes représentations ne causent que trop de véritables crimes. D’ailleurs, il est impossible de plaire à qui que ce soit par le désordre et par la confusion, et s’il se trouve que quelque pièce irrégulière ait agréé, c’est parce qu’elle avait quelque chose de régulier qui a charmé l’esprit et rendu les difformités imperceptibles.

Édition de G. Couton et Y. Giraud, Éditions universitaires de Fribourg, 1975, p. 80.


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