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1676

Pierre Bayle, Correspondance

Les débuts de l'opéra en France

Pierre Bayle explique à son frère Joseph les débuts de l’opéra en France et précise ce qui le différencie de la comédie-ballet.

Pour ce qui regarde l’opéra, j’ai à vous dire que le mot et la chose nous sont venus de delà les monts. Les Italiens qui excellent en musique se sont avisés d’inventer cette manière de pièces de théâtre, et je crois qu’ils lui ont donné ce nom ayant égard au prodigieux appareil de machines, de danses, de décorations, etc, qui y entrent. À proprement parler il n’y a que quatre ans que l’on donne l’opéra en France, car avant le Cadmus et Hermione ce que l’Académie royale de musique avait représenté n’était que comme le prélude ou plutôt les entractes d’une juste pièce. Pour les pièces de Molière, comme elles se récitaient à la manière des comédies ordinaires, on ne peut pas les nommer des opéra, quoi qu’il y eût des entrées de ballet magnifiques, plusieurs chansons, la symphonie des voix et des instruments en plusieurs endroits et de très belles machines, dans la Psyché par exemple, Le Malade imaginaire, etc[.] Ainsi l’opéra a commencé par le Cadmus et Hermione et a suivi par Alceste, Médée et Atys, qui est celui de l’année courante. Cela est fort beau à voir et à ouïr, tous les vers s’y chantent par des musiciens qui sont des élèves du fameux Baptiste Lully, Italien de nation, et on voit jouer les machines avec un succès enchantant. Mais hors de là rien de plus plat. M. Quinault, qui est l’[a]uteur des vers, pourrait bien mieux faire, mais il prend un tour qui puisse s’accommoder aux airs.

Lettre 126, Pierre Bayle à Joseph Bayle, Sedan, le 25 août 1676

Correspondance disponible sur le site de l'Université de Saint-Etienne


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