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1664

Jean Cantenac, Lettres choisies et galantes de Monsieur de C…

Paris : Th. Girard, 1664

L’entrée de Christine de Suède

Dans une lettre adressée à Climène, Cantenac évoque la magnifique entrée de la Reine de Suède à Paris, qui fut surprenante pour le peuple, notamment en raison de la nouveauté de ses habits.

J’ouïs avec beaucoup de plaisir tout le bien qu’on dit de cette princesse; les uns parlaient des merveilles de son esprit, les autres de son port fier et majestueux, qui imprime du respect à tout le monde […] Je ne saurais passer sous silence les divers raisonnements qu’on faisait sur ses habits, on s’étonnait de voir une fille vêtue comme une Amazone, et quelques bizarres esprits s’imaginaient qu’elle n’observait pas la bienséance de son sexe. L’on ne blâma point jadis ce grand homme, qui prenait tous les jours des habits de femme pour entendre un philosophe; ni cette fameuse fille qui se vêtit en garçon pour aller à l’école d’un médecin. L’on ne doit pas trouver mauvais qu’une reine qui peut faire des lois ne s’assujettisse pas à celles d’une coutume, qui se peut perdre […] Et nous ne devons pas être plus surpris de la nouveauté de ses habits que de la différence qu’il y a de sa langue à la nôtre. Quoi qu’il en soit, cette façon de s’habiller lui sied merveilleusement bien, et je souhaiterais qu’elle plût à toutes nos dames. Il me semble que c’est de la sorte qu’on peignait anciennement les déesses; et cette mode fait voir dans cette illustre personne, qu’elle possède la beauté de votre sexe et la force du nôtre; tous ceux qui l’ont vue avouent qu’elle n’a rien que de surprenant. Pour moi je sais que tout le peuple de Paris l’admira dans sa magnifique entrée.

Lors qu’on la vit entrer si pompeuse et si fière, / Et que de ses beaux yeux la céleste lumière / Au milieu de la nuit semblait faire un beau jour, / Chacun trouvait son port si grand, si magnifique, / qu’on disait d’une voix publique / Que cette Reine était ou Minerve ou l’Amour. / L’aimable Cléonice après mille louanges, / Dit que Christine était sous la forme des Anges, / Qu’elle était ici-bas ce qu’ils étaient aux Cieux: / Lycidas plus charmé de la voir si divine, / Soutint que c’était un des Dieux / Dessous la forme de Christine, / Et le peuple incertain, disait en chaque lieu / Est-ce une déesse? Est-ce un Dieu?.

       Correspondance disponible sur Gallica, p. 33-36.


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