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1666

Marco Antonio Giustinian, Marc’Antonio Giustinian, amb. – Copiario dei suoi disp. al Senato (Archivio proprio Francia n°6)

Lettre manuscrite, Archives d’Etat de Venise

Un divertissement militaire en pleine expédition

Le passage fait partie des lettres (dispacci) envoyées plusieurs fois par semaine au Doge de Venise par Marcantonio Giustiniani, ambassadeur vénitien en France. Les dispacci conservés all’archivio di Stato de Venise couvrent la période allant du 4 janvier 1667 au 21 février 1668. Dans une lettre datant du 26 avril 1667, l’ambassadeur raconte des simulations de bataille qui ont lieu pendant l’expédition militaire dans les Flandres. A cette occasion, le soir venu, le camp se transforme en lieu de réception galant.

Gran numero di padiglioni con ricchi lavori si vedevano per la campagna ordinatamente disposti entro li quali gran vasi d’argento, letti di ricamo et altre suppellettili dovitiose facevano apparire la qualità elevata de comandanti. Molti squadroni di cavalleria e fanteria tutti in ordinanza stavano spiegati in più parti della pianura […] Prima di cominciare la finta battaglia si volse accogliere la Reina, che pure a cavallo comparve sotto un parasolo attorniata di molte gratiose dame, che superbamente vestite accrescevano con gli ornamenti degli habiti i gradi della loro singolare bellezza fra alta meraviglia ; cominiciarono le cariche della moschetteria, le mischie de combattenti con l’arme bianche, il salvo del cannone, il fragore d’uno immaginario combatto che continuando per qualche hora con piacere e fatica del Re che voleva essere da per tutto, fu finalmente deciso dal suono de tamburi che chiamò li soldati alla ritirata, e riposo con perdita delle parti non d’altro che di polvere, di sangue e di sudori, ma con vittoria et acquisto d’ognuno d’una lautissima cena et della soddisfazione della Maestà Sua. Doppo della quale contribuirono anco le dame alla compiacenza del Re, trattenendo la Maestà Sua, e li principi con una danza sotto il di lui Padiglione animata dall’armonia di più violoni, che durò più hore doppo la mezzanotte. Per cinque giorni continui si repplicarono le militari delizie cambiandosi ogni giorno l’ordinanza delle battaglie et arricchendosi di qualche nuovo diletto il trattenimento, cosi che la più feroce disciplina si riduce dalla gentilezza di questa natione al più dilettevole piacere, et il terribile aspetto di gente armata qui si vede cangiato in un spettacolo di vaghetto e di gioia, che continuassero cosi li combatti per tutto il mese di maggio, potrebbero apportare alle Fiandre più giocondità che timore.


Un grand nombre de tentes, richement ornées, étaient visibles dans la campagne ; elles étaient disposées en ordre et entre l’une et l’autre il y avait de grands vases en argent, des lits brodés et autre riche mobilier, qui rendaient évidente la qualité élevée des commandants. De nombreux escadrons de cavalerie et d’infanterie, tous ordonnés, étaient positionnés dans plusieurs parties de la plaine […]. Avant de débuter la bataille fictive, on voulut accueillir la Reine, qui elle-même à cheval parût avec un parasol et entourée de nombreuses jolies dames, qui étaient merveilleusement habillées et qui augmentaient par les décorations des habits le degré de leur beauté singulière, dans l’émerveillement total. Débutèrent les charges des mousquetaires, les mêlées à l’arme blanche des combattants, les coups de canon, le fracas produit par un affrontement imaginaire qui dura quelques heures, et donna à la fois du plaisir et de la fatigue au Roi, qui voulait être partout. La bataille fut finalement décidée par le son des tambours qui appelèrent les soldats à la retraite, en privant chacune des parties uniquement de la poussière, du sang et de la sueur, mais en récompensant chacun de la victoire et de l’obtention d’un dîner très copieux et de la satisfaction de Sa Majesté. Après quoi, les dames aussi contribuèrent au divertissement du Roi, en retenant Sa Majesté et les princes avec un bal sous sa propre tente, bal qui fut accompagné de l’harmonie produite par plusieurs violons, et qui dura plusieurs heures après minuit. Pendant cinq jours consécutifs on répliqua les délices militaires en changeant chaque jour l’ordre des batailles, et en enrichissant le divertissement de quelque nouvelle trouvaille. En conséquence de cela, la plus féroce discipline se change en plaisir le plus délicieux à cause de la gentillesse de cette nation, et l’aspect terrible de gens armés se transforme ici en un spectacle amusant et joyeux. A tel point que si pendant tout le mois de mai les affrontements continuaient de la sorte, ils finiraient par apporter aux Flandres plus de gaieté que de crainte.

       

Lettre disponible aux Archives d’Etat de Venise, Archivio proprioFrancia n°6, lettre di 26 avril 1667, f.160 recto – 161 recto.


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