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ca. 1650

Jean-Louis Guez de Balzac, Les Entretiens de feu Monsieur de Balzac

Paris : A. Courbe, 1657

La vie conçue comme un théâtre

Dans le deuxième de ses Entretiens, Balzac met sa maladie en scène à partir du motif du sang qu’il puise dans ses lectures de textes latins.

Sans avoir été à la guerre ni m’être battu en duel, j’ai versé une bonne partie de mon sang. […] Mon lit a été mon amphithéâtre, et le premier spectacle n’a point eu de spectateurs. Il s’est passé sans bruit et sans violence, la nuit du dix-huitième de mars. Le valet qui couche dans ma chambre m’assura le lendemain que je ne fus jamais en plus grand péril, mais je vous puis assurer que je ne sentis jamais moins de mal. Je puis même vous dire qu’en cet état-là, il me souvi[nt] avec quelque sorte de plaisir de cette AME DE POURPRE de Virgile que je viens d’employer dans les vers que vous venez de lire. […] Les morts sanglantes de Sénèque et de Lucain me repassèrent par la mémoire, et je dis en mon cœur, car ma bouche n’était plus que le canal de mon sang : Sanguis erant lacrymae : Quaecumque foramina novit Humor ; ab his largus manat cruor : Ora redundant Et patulae nares, sudor rubet, omnia plenis Membra fluunt venis, totum est pro vulnere corpus. (Lucain, Pharsale IX, v. 811 sqq.) Le second spectacle a été terrible : toute ma petite famille en a été effrayée : parents et amis, médecins et confesseurs y sont accourus, et à ne vous rien déguiser, je ne pensais pas en revenir. Dieu, par sa grâce, Monsieur, arrêta tout d’un coup le débordement, et ne voulut pas vous faire perdre pour cette fois l’homme du monde qui vous estime et qui vous aime le plus.

Extrait de l'entretien II : « Mémoires pour l’histoire de Balzac à Monsieur [Pierre Costar] » disponible sur Gallica, p. 19-20.


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