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ca. 1644

Jean-Louis Guez de Balzac, Les Entretiens de feu Monsieur de Balzac

Paris : A. Courbe, 1657

Un boulanger doué pour le théâtre

Dans ce passage composé après 1644, Guez de Balzac raconte à Pierre Costar l’histoire d’un boulanger doué pour le théâtre qui assiste à une pièce jouée sans doute par la troupe des Comédiens du Roi. Déçu par le jeu médiocre d'interprètes pourtant réputés, le boulanger ne se donne même pas la peine de rester.

Il y avait autrefois un boulanger, à deux lieues d’ici, estimé excellent homme pour le théâtre. Tous les ans, le jour de la Confrérie, il représentait admirablement le roi Nabuchodonosor et savait crier à pleine tête : Pareil aux dieux je marche, et depuis le réveil Du Soleil blondissant, jusques à son sommeil, Nul ne se parangonne à ma grandeur royale. (Robert Garnier, Les Juives, acte II, sc. I, v. 181-183) Il vint de son temps à la ville une compagnie de comédiens qui était alors la meilleure compagnie de France. On y mena Nabuchodonosor un dimanche qu’on jouait Le Ravissement d’Hélène. Mais voyant que les acteurs ne prononçaient pas les compliments d’un ton qu’il se faut mettre en colère, et principalement qu’ils ne levaient pas les jambes assez haut dans les démarches qu’ils faisaient sur le théâtre, il n’eut pas la patience d’attendre le second acte : il sortit du jeu de paume dès le premier. Et ce roi tout blanc de farine, Dégoûté de la froide mine De celui qui faisait Pâris, Mordi, dit-il, de la quenaille, I, ne sans rein faire qui vaille, I, fasan les pas trop petits. Vous avez assez longtemps demeuré à Balzac pour entendre le dialecte des trois derniers vers.

Extrait de l'entretien VI : « Continuation de la même matière. Au même [Pierre Costar] » disponible sur Gallica, p. 127-129.


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