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1702

Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde, Lettres curieuses de littérature et de morale

Paris : J. et M. Guignard, 1702

Aristote appliqué aux personnages de roman

Bellegarde expose, dans cette lettre consacrée à l’Histoire et aux « histoires » (y compris fictives), les possibles traits de caractère des personnages de romans et les compare à ceux de la tragédie en empruntant à la théorie de la catharsis aristotélicienne. Il parle aussi des bienséances et des règles propres au genre historique.

S’il [le personnage du roman] est jaloux, un regard de la personne qu’il aime, un souris, un tour de tête, la moindre complaisance pour un rival le jettent dans de grandes agitations que les lecteurs sentent par contrecoup ; s’il a une grande vertu et qu’il tombe dans le malheur sans se l’être attiré par sa faute ou par quelque indiscrétion, on en est attendri, on le plaint, on compatit à son infortune : car la crainte et la pitié dans les romans, comme dans la tragédie, sont les deux ressorts qui remuent toutes les passions. On se met, en quelque manière, à la place de ceux que nous voyons en quelque danger. La part qu’on y prend et la crainte de tomber dans de semblables malheurs fait que l’on s’intéresse davantage à leurs aventures parce que ces sortes d’accidents peuvent arriver à tout le monde ; et ils nous touchent d’autant plus qu’ils ont plus de rapport avec nous et qu’ils sont des effets ordinaires de la nature.

Extrait de la deuxième lettre, "Sur l'histoire", disponible sur Gallica, p. 88-9.


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