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1695

Louis-François Ladvocat, Correspondance théâtrale entre Louis-François Ladvocat et l'Abbé Dubos

Mercure musical, vol. 2, 1 janvier 1906

Lettre du 20 octobre 1695

Publiée au début du XXe siècle, cette correspondance présente un caractère exceptionnel de par les détails particuliers qu'elle donne sur différents spectacles. Voici les éléments saillants de la lettre du 26 octobre 1695.

J'arrivai ici [Paris] le samedi au soir. Le dimanche matin j'allai à la messe aux Quinze-Vingt. On me dit mille louanges outrées du Ballet des saisons. Une des principales actrices s'en promet l'applaudissement jusques à Noël prochain et chaque officier ou campagnard qui arrive après avoir fait ses vendanges ne manque pas, en lui rendant ce qu'il croit lui devoir, de frapper des mains. A vous parler sincèrement, elle chante de manière à être écoutée avec plaisir, mais, si j'avais à battre des mains, j'en battrais une seconde fois Mlle Rochos quand elle chante «Languirai toujours Amour sous ton empire » et, ajoutant à votre jugement, je fus surpris de ne pouvoir à peine distinguer les airs de Baptiste d'avec le sien, qui sont si bien unis les uns avec les autres qu'il serait difficile à une personne qui n'en serait pas instruite d'assurer qu'ils ne sont pas de lui et, sans le chagrin que j'ai des blessures de Mlle Subligny, j'aurais été charmé, surpris, étonné, extasié des ballets.

Il me reste encore un mot pour Babet et pour une addition qu'elle y mit de son cru mardi, qui est le débarbouillement qu'elle a extrait d'Arlequin, qui enchanta, ravit, surprit et fit dire aux connaisseurs qu'elle était la seule capable de soutenir le caractère d'Arlequinne dans toute sa perfection. Vos yeux et vos oreilles étaient si fort occupés de la beauté des airs et de la nouveauté des danses que vous avez oublié de me mander qu'on avait ôté des choeurs Mlles Grossot, Blou et Le Camus, lesquelles places ont été remplies par deux autres qui y chantent, dont l'une se nomme La Vaquerie, et une héroïne marseillaise qui a tué un homme à coup de pistolet, le pourquoi ni l'histoire sont par moi ignorés. Mlle Pélerin, une des principales actrices de la comédie de Marseille et de l'opéra de la même ville, s'est venue établir ici à Paris et prétend entrer ou à l'opéra ou à l'Hôtel, suivant le meilleur parti qu'elle pourra obtenir des uns ou des autres. Jusques à présent elle s'est tenue dans les coulisses de l'opéra sur un siège de paille, tiré et porté au lieu par le valet de pied de Mlle Fanchon, et hier elle était dans la première loge aux Français avec elle, sa soeur et sa belle soeur. […].

Monsieur de Rosai m'a dit que vous travaillez sur Momus, et moi, je vous prie de nous envoyer la critique des Saisons et le panégyrique de Colasse, et l'oraison funèbre de Desmarets, tout cela de votre main. Nous ferons attendre avec patience le jugement que vous ferez de La Toison, quand elle sera imprimée.

Disponible sur Blue Mountain Projet.


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