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1696

Louis-François Ladvocat, Correspondance théâtrale entre Louis-François Ladvocat et l'Abbé Dubos

Mercure musical, vol. 2, 1 janvier 1906

Lettre du 19 janvier 1696

Publiée au début du XXe siècle, cette correspondance présente un caractère exceptionnel de par les détails particuliers qu'elle donne sur différents spectacles. Voici les éléments saillants de la lettre du 19 janvier 1696.

Ayant été obligé de garder la chambre depuis vendredi dernier, je n'ai pu assister ni à la répétition de Jason ni aux représentations qui s'en sont faites. Je crois que Monsieur du Rosai n'aura pas manqué à vous instruire de la mauvaise réception de ses spectateurs. Ceux qui plaignent avec le plus d'ostentation son mauvais sort sont ceux qui se réjouissent davantage de la présomption du poète et du musicien.

Periisse germanicum nulli jactantius mœrent quam qui maxime letantur.
Cor. Tac., l. 2.

Vous n'ignorez pas, Monsieur, que « Jactantia » est définie par Cicéron, 4 ,Rus : « Quod sit voluptas gestiens et se efferens insolentius » et que l'obstination qu'ils ont témoigné l'un et l'autre (les auteurs) pour ne rien retrancher de leurs productions aurait dû obliger le musicien à ne pas mettre en musique des vers qu'ils n'y croyait pas disposés, soit qu'ils composassent des scènes trop longues, soit que les vers alexandrins trop fréquents soient peu propres à rendre le chant agréable, etc… (ne l'ayant pas vu et médité assez), mais comme dit fort bien Plaute dans son livre :

Heg. Quid tu ais ! Tenex ne est
Phi. Imo edepol Pertinax.

« Pertinax autem » selon le musicien « suo more dixit provalde tenax. Hoc est rei suae augenda plus satis attento, etc. » Selon le poète et Horace :
Pertinax quod valde teneat vel quod propositi sit tenax
Justum et tenacem propositit virum

Et voilà la véritable cause de leur naufrage et que le parterre les aurait plutôt sifflés qu'applaudis.

Quoniam plausibilia hæc non sunt uterque si nec gaudeant gloriose loqui desinant

Et en aille rendre grâce à cette divinité de Plaute « in Curcu », qu'il établit pour de telles gens dans les cloaques de Rome. Vous savez qu'on y trouva une idole, ou cru telle, à qui l'on fit au même lieu dresser un autel.

On a donné les rôles d'Ariane dès lundi. Marest en fera la première répétition des cœurs samedi prochain et prétend le mettre sur pied le 20 de février. Je ne sais si le poète vous a envoyé son livre. Je ne le vois pas assez pour l'en presser, mais je vous dirai que j'attends votre critique avec impatience. Elle vous fera moins de peine que si vous la faisiez de la musique. Le peuple est si chagrin qu'il se plaint de l'habit de Mlle Mourau qu'on ne trouve pas bien fait, et de celui de la Sybille imaginaire (pour le temps) de la grande fille et qu'elle a été obligé de quitter. On a été même contraint d'ôter beaucoup de vers et de chants à cause de la longueur de l'opéra.

Sur la plainte que les comédiens français et italiens ont fait aux conduits par Monsieur de la Trimouille des insolences que l'on commettait dans le parterre contre ceux des loges, tant femmes qu'abbés, qui n'avaient point l'honneur de leur plaire, le roi a envoyé un ordre à M. de la Reynie pour faire une ordonnance qui condamnera les officiers à la prison pendant un an et les inférieurs à celle que nous saurons quand l'ordonnance sera publiée.

Disponible sur Blue Mountain Projet.


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