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1611

François de Malherbe, Lettres de Malherbe à Peiresc

Longue critique de Bradamante

Dans cette suite de lettres de juillet-août 1611, sont abordés successivement l'organisation et la critique d'une représentation à la cour de la Bradamante de Robert Garnier.

21 juillet 1611 - p. 211
La reine s’en va lundi à Saint-Germain, où Mesdames lui préparent le plaisir d’une comédie qu’elles-mêmes doivent réciter. Voilà par où nous allons recommencer les passe-temps de la cour, qui seront à leur comble, quand le roi et messieurs ses frères seront en âge de les goûter.


1 août 1611
Prêt à partir pour aller voir la comédie de Madame, qui est la Bradamante de Garnier. C’est à demain au soir : M. de Valves y sera, qui vous en fera le discours, car pour moi je m’en vais au partir de là en Normandie, aussitôt que la reine m’aura donné congé.

4 août 1611
Monsieur,
Hier je revins de Saint-Germain voir jouer la comédie. M. de Valves, à mon avis, vous en aura écrit plus particulièrement : de moi ne vous en dirai autre chose, sinon que tous les personnages y firent des miracles. Madame, qui était habillée en amazone comme représentant Bradamante, étonna tout le monde par sa bonne grâce. Monsieur et M. le duc y firent plus que l’on ne pouvait espérer de leur âge. Monsieur, pour prologue, récita les six vers que vous trouverez en ce paquet : il avait une pique en la main, qu’il mania en fils de maître. Ils avaient tous deux des hauts-de-chausses dont ils étaient, à mon avis, merveilleusement empêchés. Aussi les quittèrent-ils tout aussitôt en reprenant leurs robes. Madame Chrétienne ne parut sur le théâtre qu’en la fin du dernier acte, où elle dit un mot, seulement pour en être comme les autres. Voilà ce que vous en saurez de moi. A mon retour, je m’en allai au Palais, où je trouvai cette lettre de Barclay qui me fut présentée comme nouvelle ; elle l’est à la vérité pour moi, je ne sais si elle le sera pour vous. Quoi qu’il en soit, elle me semble fort bonne. […] :

Charlemagne, Léon, Roger et Bradamante,
Sont de gaze et carton à la comédiante.
Je suis le vrai crayon des illustres Césars :
Des lys j’arborerai les braves étendards.
Du Gange jusqu’au Rhin et sur les bords d’Afrique
Pour mon petit papa [le roi] donnerai coups de pique.

Vous verrez bien que ce ne sont pas vers d’un bon maître. Mais puisqu’ils ont eu l’honneur d’être prononcés par la bouche d’un si grand prince, j’ai pensé que vous prendrez plaisir de les voir. Je les ai retenus par coeur et crois que ça a été fidèlement. Quoi que c’en soit, s’il y a du change, il ne saurait être bien grand. J’oubliais à vous dire qu’ayant achevé de prononcer ces vers, il tenait une pique qu’il branla vers la compagnie de si bonne grâce que cette action et un petit saut qu’il fit en achevant lui attira un monde de bénédictions.

p. 216*sq*

Correspondance disponible sur Google Books, p. 211sq


Pour indiquer la provenance des citations : accompagner la référence de l’ouvrage cité de la mention « site Naissance de la critique dramatique »