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1659

Jean Loret, La Muse historique

Paris, Chénault, [1656-1665].

Création et succès d’Oedipe

Dans sa lettre du samedi 25 janvier 1659, Loret relate la création de la nouvelle tragédie de Corneille, Oedipe.

Monsieur de Corneille l’aîné,
Depuis peu de temps a donné
A ceux de l’Hôtel de Bourgogne,
Son dernier ouvrage, ou besogne,
Ouvrage (dis-je) dramatique,
Mais si tendre et si pathétique,
Que, sans se sentir émouvoir,
On ne peut l’entendre, ou le voir.
Jamais pièce, de cette sorte,
N’eut l’élocution si forte,
Jamais, dit-on, dans l’univers,
On [n’]entendit de si beaux vers.
Hier, donc, la Troupe Royale,
Qui, tels sujets, point ne ravale,
Mais qui les met en leur beau jour,
Soit qu’ils soient de guerre, ou d’amour,
En donna le premier spectacle,
Qui fit, cent fois, crier miracle.
Je n’y fus point. Mais on m’a dit
Qu’incessamment on entendit
Exalter cette tragédie
Si merveilleuse et si hardie ;
Et que les gens d’entendement
Lui donnaient, par un jugement
Fort sincère et fort équitable,
Le beau titre d’inimitable.
Mais cela ne me surprend pas
Qu’elle ait d’admirables appâts,
Ni qu’elle soit rare et parfaite ;
Le divin Corneille l’a faite.

[dimanche 9 février 1659]
Durant qu'auprès de mes tisons
Ma muse se fonde en raisons,
Etant le jour où je besogne,
On joue, à l'Hôtel de Bourgogne,
Ce poème rare et nouveau
Que tout Paris trouve si beau
Et que tout bon esprit admire,
Devant le Roi, notre cher sire,
Attiré par le bruit que fait
Cet ouvrage grand et parfait,
Et d'excellence, sans pareille,
Le dernier de Monsieur Corneille.

Transcription de David Chataignier disponible sur le site Molière21.


Pour indiquer la provenance des citations : accompagner la référence de l’ouvrage cité de la mention « site Naissance de la critique dramatique »