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1662

Jean Loret, La Muse historique

Paris, Chénault, [1656-1665].

Le retour du Carnaval

Dans la lettre du 18 février 1662, l'arrivée du carnaval fait énumérer à Loret les divertissements auxquels on peut assister et notamment, les comédies :

Pour divertir l’Altesse aimable,
Pour qui mon cœur est immuable,
Et rendre mes lecteurs contents,
Justes dieux ! Faut-il qu’en ce temps,
Temps de carnaval et de foire,
Je travaille de l’écritoire,
Enfermé seul dans la maison ?
N’aurais-je pas plutôt raison
D’aller à droit, d’aller à gauche ?
Non pas pour faire la débauche
(Car, à parler sans fiction,
Le vin n’est pas ma passion)
Mais pour exercer d’importance
Le piquet, la prime et la chance ;
Mais pour voir les momons folets,
Mais pour courir bals et ballets ;
Pour, au lieu de faire des carmes,
Aller voir la cour et ses charmes,
Pour voir l’illustre Toison d’or,
Pour voir Molière et Floridor,

Pour entendre des harmonies,
Pour, dans les belles compagnies,
Dire de tendres quolibets
Aux Manons, Fanchons et Babets,
Mon inclination me porte
A vouloir agir de la sorte,
Et la saison de maintenant,
Qu’on nomme Carême prenant,
Nous semble autoriser à suivre
Cette douce façon de vivre
Qui donne maint contentement.
Mais je ne puis présentement,
Il faut, de toutes ces délices,
Faire, aujourd’hui, des sacrifices,
Danses, jeux, théâtres, concerts,
A la princesse que je sers.
Mais, certes, si je ne m’abuse,
Je crois qu’à présent notre Muse
Fort distraite en de pareils jours,
Ne fera pas de longs discours.

Transcription de David Chataignier disponible sur le site Molière21.


Pour indiquer la provenance des citations : accompagner la référence de l’ouvrage cité de la mention « site Naissance de la critique dramatique »