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1664

Jean Loret, La Muse historique

Paris, Chénault, [1656-1665].

Représentation de la Princesse d'Elide et d'Othon à Fontainebleau

Dans sa lettre du 2 août 1664, Loret relate la visite du Légat Chigi auprès de la famille royale et les représentations de La Princesse d'Elide et d'Othon données à cette occasion, à Fontainebleau :

Sur le soir, une comédie
Très abondante en mélodie,
Sujet parfaitement joli,
Où les sieurs Molière et Lully,
Deux rares hommes, ce me semble,
Ont joint leurs beaux talents ensemble,
Lully payant d’accords divers,
L’autre d’intrigues et de vers.
Cette pièce (dis-je) galante,
Qui me parut toute charmante,
Et de laquelle, à mon avis,
Les spectateurs furent ravis,
Fut jouée avec excellence
Devant cette noble Éminence.
Ces deux filles qui par leurs voix
Ont charmé la cour tant de fois,
Savoir Mademoiselle Hilaire,
Qui ne saurait chanter sans plaire,
Et La Barre, qui pleinement
Dompte les coeurs à tout moment,
Par le rare et double avantage
De son chant et de son visage,
Jouèrent si bien leur rollet
Dans la pièce et dans le ballet,
Remplis d’agréables mélanges,
Que, certainement, leurs voix d’anges
Furent dans ces contentements
Un des plus doux ravissements.
Il ne faut pas qu’on me demande
Si la compagnie était grande :
Outre un fredon de majestés,
J’y lorgnai cent et cent beautés,
Dont les radieuses prunelles
Éclairaient mieux que les chandelles,
J’ai tort, il faut dire flambeaux,
Car en des spectacles si beaux
Chez les Reines, chez notre Sire,
On n’use que de blanche cire.
C’est ce que de Fontainebleau
Je puis raconter de nouveau,
Car, pour vaquer à ma gazette,
Le lendemain, je fis retraite,
Et je ne fus, chez un ami,
Au dit lieu, qu’un jour et demi.
Je puis raconter de nouveau.
Ce qu’illec je sus davantage,
C’est qu’Othon, excellent ouvrage,
Que Corneille, plein d’un beau feu,
A produit au jour depuis peu,
De sa plume docte et dorée,
Devait, la suivante soirée,
Ravir et charmer à son tour
Le Légat et toute la cour.
Je l’appris de son auteur même
Et j’eus un déplaisir extrême
Qui me fit bien des fois pester
De ne pouvoir encor rester
Pour voir, dudit sieur de Corneille
La fraîche et dernière merveille,
Que je verrai, s’il plaît à Dieu,
Quelque jour en quelque autre lieu.
Avant que partir, j’ouïs dire
Aux courtisans de notre Sire,
(Et j’en devins tout ébaudi)
Que Monsieur le Légat, jeudi,
Revenant dans cette contrée,
Ferait à Paris son entrée,
Et c’est de quoi, grands et petits,
Tous nos bons bourgeois j’avertis,
Et je crois que cette nouvelle
Sera pour eux joyeuse et belle.

Transcription de David Chataignier disponible sur le site Molière21


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