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1669

Charles Robinet, Lettres en vers

Paris, Chénault, 1669.

Comédies à Chambord

Dans sa lettre du 12 octobre 1669, Robinet se fait l'écho des plaisirs de la cour à Chambord, et notamment des nombreuses comédies représentées :

Mais parlons un peu de Chambord,
Dont je devais jaser d’abord,
Car, sans doute, de mon épître,
C’est le grand et royal chapitre.
Ailleurs, j’ai marqué que le jeu,
L’escarpoulette, queue-leu-leu,
La chasse, chère, et mélodie,
Et, tous les soirs, la comédie,[par la Troupe du Roi]
Sont le plaisir quotidien
De la cour, où ne manque rien.
Or, du mois courant le sixième,
Pour empêcher qu’on ne s’y chême,
Elle eut un régal nouveau,
Également galant et beau,
Et même aussi fort magnifique,
De comédie et de musique,
Avec entractes de ballet,
D’un genre gaillard et follet,
Le tout venant, non de copiste,
Mais, vraiment, du seigneur Baptiste
Et du sieur Molière, intendants,
Malgré tous autres prétendants,
Des spectacles de notre Sire,
Et, disant cela, c’est tout dire.
Les actrices et les acteurs
Ravirent leurs grands spectateurs,
Et cette merveilleuse troupe
N’eut jamais tant de vent en poupe.
On admira les baladins,
Plus souples que cerfs ni que daims ;
On fut charmé des dialogues,
Où, comme dedans les églogues,
On s’entendait sur les douceurs
Que produit le beau dieu des cœurs.
Concluons que, sans lui, la vie
N’est pas un bien digne d’envie.
On fut ravi des belles voix
Qui chantaient ses divines loix. [Mlle Hilaire, les Srs Gayes et Langes.]
Force masques, non pas célestes,
Mais, à ce qu’on écrit, très lestes,
Venant illec montrer leur nez,
Avec plaisir furent lorgnés.
Des avocats y faisaient rire
Plus cent fois qu’on ne saurait dire,
Citant, de plaisante façon,
Et même dans une chanson,
Tous leurs docteurs, vieux et modernes,
En les traitant de gens à bernes,
Par exemple, Justinian,
Ulpian et Tribonian,
Fernand, Rebufe, Jean, Imole,
Paul, Castic, Julian, Barthole,
Jason, Alciat et Cujas,
Et d’autres qui font un gros tas.
Enfin, maints autres personnages
Firent là rire les plus sages,
Tout de même que les plus fous,
Et leur sagesse eut du dessous.

Transcription de David Chataignier disponible sur le site Molière21.


Pour indiquer la provenance des citations : accompagner la référence de l’ouvrage cité de la mention « site Naissance de la critique dramatique »