Les chasses aux sorcières de Suisse romande

Plusieurs chercheurs de l’Université de Lausanne ont analysé les procès en sorcellerie menés en Suisse romande. Florilège.

Dommartin 1498, l'hostie rebelle

Les faits : En automne 1498, le village de Dommartin, dans le Jorat vaudois, vit au rythme des dénonciations.
L’anecdote : Deux hommes et deux femmes détaillent plusieurs rituels censés ridiculiser la pratique liturgique, comme la profanation d’ostie. Les sorciers cherchent à la faire frire dans une poêle, mais cette matérialisation de la nature divine du Christ en sort miraculeusement, parfois en se mettant à saigner ou à crier. Les sorciers tentent encore de profaner l’eau bénite en la jetant par-dessus leur épaule au lieu de la verser sur leur visage.

La référence : Laurence Pfister, "L’enfer sur terre. Sorcellerie à Dommartin (1498)", CLHM 20, Lausanne, 1997. (top)

Dommartin, 1524-1528, Les maléfices tueurs d’animaux

Les faits : A l’aube du XVIe siècle, quatre affaires sont jugées à Dommartin. Les accusés ne sont pas de pauvres hères mais figurent parmi les plus riches des paysans qui sont accusés par leurs pairs.
L’anecdote : Ces procès font la place belle aux maléfices, et plus particulièrement aux sorts qui provoquent la mort des animaux. Claude Rolier, un riche paysan, avoue notamment qu’il a tué trois enfants et trente-huit animaux (chevaux et bovidés), dont "deux bœufs au poil rouge". On l’accuse également d’avoir jeté un maléfice à ses propres bêtes pour écarter les soupçons.

La référence : Pierre-Han Choffat, "La sorcellerie comme exutoire. Tensions et conflits locaux", Cahiers Lausannois d’Histoire Médiévale (CLHM) 1, Lausanne, 1989. (top)

Gollion, 1615-1631, Les sorciers bouteurs de peste

Les faits : Quelque vingt-sept procès pour sorcellerie sont instruits de 1615 à 1631 par le châtelain de L’Isle contre dix-huit hommes et vingt femmes de ce petit village vaudois.
L’anecdote : On y découvre les sorciers et sorcières bouteurs de peste. Ils sont dénoncés en 1616 et surtout en 1630-31, des années d’épidémie. Ce fléau, dit-on au village, provient soit d’une punition divine, soit de l’ouvrage de mages noirs qui répandent la maladie en graissant les portes des maisons.

La référence : Fabienne Taric Zumsteg, "Les sorciers à l’assaut du village. Gollion (1615-1631)", Etudes d’histoire moderne 2, Editions du Zèbre, Lausanne, 2000. (top)

Vevey, 1448 , Le sexe froid du diable

Les faits : En mars 1448, deux hommes et une femmes sont accusés de sorcellerie dans la région veveysanne.
L’anecdote : Ces procès font une belle place à la description d’une spécialité culinaire régionale: les brochettes d’enfant à l’ail. L’interrogatoire d’une sorcière offre aussi une description gratinée des orgies sexuelles qui clôturent les sabbats. On y apprend que le diable n’est pas aussi brûlant qu’on pourrait le croire. Une sorcière qu’il a honorée sous le regard complice de renards et de chats prétend en effet qu’il a le sexe tellement froid qu’elle en a souffert.

La référence : Martine Ostorero, "Folâtrer avec les démons. Sabbat et chasse aux sorciers à Vevey (1448)", CLHM 15, Lausanne, 1995. (top)

Vevey et la Riviera lémanique, 1477-1484, Les enfants à la broche

Les faits : Entre 1477 et 1484, une douzaine de procès sont menés dans la région de Vevey, Montreux comme dans l’arrière-pays, jusqu’aux portes d’Oron.
L’anecdote : On y découvre des descriptions de la cuisson de chair d’enfant, une viande au goût très doux qui se mijote dans une marmite au feu de bois ou qui se prépare à la broche. Malgré le savoir-faire des cuisiniers qui enlèvent la tête, jugée non comestible à cause du baptême, ce repas laisse les sorciers sur leur faim, quelle que soit la quantité de viande ingurgitée.

La référence : Eva Maier, "Trente ans avec le diable. Une nouvelle chasse aux sorciers sur la Riviera lémanique, 1477-1484", CLHM 17, Lausanne, 1996. (top)

Lausanne, vers 1460, La marque du diable

Les faits : Le diable enrôle des partisans à Henniez, Bulle et La Roche, sur les possessions de l’évêque de Lausanne. Les sorciers présumés sont transférés dans la capitale pour interrogatoire et torture.
L’anecdote : Après l’hommage et le baiser obscène, le sorcier donne au diable une partie de son corps. Pierre dou Chanoz donne l’ongle de son petit orteil gauche. Guillaume Girod et Jeannette Anyo promettent un bout de leur main droite. Détail qui compte : le diable laisse sa marque sur les corps des sorcières, un signe distinctif qui n’a pas d’équivalent chez l’homme.

La référence : Georg Modestin, "Le diable chez l’évêque. Chasse aux sorciers dans le diocèse de Lausanne (vers 1460)", CLHM 25, Lausanne, 1999. (top)

Chermignon, 1467, La rencontre avec Lucifer

Les faits : Accusée de sorcellerie au printemps 1467, la veuve aisée Françoise Bonvin bénéficie – c’est exceptionnel – de l’assistance d’un avocat. Le dossier qu’il constitue a été préservé jusqu’à notre époque.
L’anecdote : On y évoque la rencontre avec le diable, appelé Lucifer, Cordan ou Judas qui, dans un cas, présente l’apparence d’un tas de laine noire qui prend peu à peu forme humaine. Dans un autre, il apparaît sous l’aspect d’une corneille avant de se changer en homme. Cet humain est dans tous les cas noir et poilu, avec des habits immondes et n’a, parfois, pas de genou. Il porte enfin des cornes et du feu sort de sa bouche.

La référence : Sandrine Strobino, "Françoise sauvée des flammes? Une Valaisanne accusée de sorcellerie au XVe siècle", CLHM 18, Lausanne, 1996. (top)

Val d’Anniviers et Val d’Hérens, 1428, Gare aux loups-garous!

Les faits : En 1428, des sorciers sont découverts dans le Val d’Anniviers et d’Hérens, puis dans le reste du pays du Valais. Le procès dure plus d’une année et plus de 100 personnes sont jugées et exécutées.
L’anecdote : On y rencontre les "animagus" chers à Harry Potter, ces sorciers capables de se transformer en animaux. Ici, les Valaisans deviennent des loups et courent après les moutons, les agneaux et les chèvres qu’ils mangent crus, avant de redevenir des hommes quand ils le désirent.

La référence : Martine Ostorero, Agostino Paravicini, Kathrin Utz Tremp, "L’imaginaire du sabbat", CLHM 26, Lausanne, 1999. (top)

 

 

Note :
On peut commander
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