Etymologie, histoires et légendes de mammouths

     

    Ces habitants du Grand Nord ont longtemps pensé que les mammouths fossilisés et pris dans les glaces n'étaient pas morts. Selon des recherches effectuées par le savant russe Tatischev, et publiées en 1730, "certains habitants de la Sibérie racontent qu'en arrachant des cornes au flanc des montagnes, ils ont vu couler du sang et concluent que ces animaux sont encore en vie". Les Iakoutes de Sibérie croient ainsi que ce mammifère est une sorte de rat géant qui habite sous terre parce qu'il fuit l'air comme la lumière du soleil qui le ferait mourir. Selon cette croyance, l'animal se fraie un chemin souterrain grâce à ses défenses. Le mammouth devrait même son nom à cette légende, car ce mot serait formé sur une double racine finno-ougrienne: "ma" signifiant terre, et "mut" désignant la taupe en estonien.

    La guerre oubliée d'Alexandre le Grand en Sibérie

      Vers 1750, les scientifiques ignoraient presque tout du mammouth qu'ils confondaient avec l'éléphant. On ne croyait pas, alors, aux espèces disparues. Pour expliquer l'existence de ces ossements, certains ont imaginé qu'Alexandre le Grand était venu avec des éléphants pour guerroyer en Sibérie. D'autres ont pensé qu'il s'agissait de cadavres d'éléphants transportés dans le Nord par les eaux du Déluge dont parle la Bible.

      Indépendamment de cette anecdote, le mot mammouth pourrait avoir une origine biblique, suivant une autre tradition étymologique qui fait dériver ce mot de Béhémoth, une bête monstrueuse décrite dans le livre de Job (40, 15-19: "Il se nourrit d'herbe comme le buf. Vois, sa force réside dans ses reins,... ses os sont durs comme du fer forgé. C'est lui la fleur des uvres de Dieu").

    Controverse autour de l'éléphant américain

      L'origine de cet animal a encore suscité des controverses à l'époque où les Etats-Unis d'Amérique gagnaient leur indépendance. Une très sérieuse querelle scientifique a opposé Jefferson à des chercheurs anglais qui prétendaient, après Buffon, que le climat américain était particulièrement défavorable aux espèces animales. Jugé plus froid et plus humide que celui d'Europe, le temps aurait engendré des bêtes dégénérées. Selon "L'Histoire naturelle" de 1761, la faune du Nouveau Monde était plus petite et plus chétive que celle de l'Ancien. Une analyse que les Anglais s'empressaient d'appliquer aux humains vivant en Amérique.

      Certaines tribus indiennes ont enfin leur légende qui pourrait concerner les mammouths: "Dans les temps anciens, prétend une tradition recueillie en Virginie, un troupeau d'animaux terribles que les Indiens appellent les grands buffles étaient venus à Big Bone Lick (un endroit où on trouve des ossements). Ils se mirent à détruire tous les autres animaux: ours, élans, daims, buffles. Lorsque le Grand Homme dans le Ciel vit ce terrible carnage, il enragea et descendit sur terre. Il foudroya ces animaux jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un. Ce grand buf, blessé, s'enfuit au-delà des grands lacs où il survit jusqu'à présent, et où on entend encore parfois sa voix."

    Lire à ce sujet "Le destin du mammouth", Claudine Cohen, Ed. du Seuil, 1996.


    retour à l'article