Kshitij Jadhav

Prix de la Société académique vaudoise 2020

Dies Academicus 2020


La Direction de l’Université de Lausanne
décerne à

Monsieur Kshitij Jadhav

Docteur ès Neurosciences

le Prix de la Société académique vaudoise
avec la mention « Lauréat de l’Université »

Pour le caractère exceptionnel de sa thèse, intitulée « In the search for the vulnerability to lose control : the stress deceleration theory ». Thèse remarquable par la richesse des données expérimentales, éclairant la vulnérabilité à développer une addiction au cours de l’adolescence, une phase critique du développement cérébral.

Interview de Kshitij Jadhav

Portrait du lauréat

Le Dr Kshitij Jadhav est originaire de Mumbaï, où il a poursuivi ses études de médecine et passé l’examen national en vue d’une spécialisation. Alors qu’il effectuait son internat en médecine générale, il s’est passionné pour la pharmacologie et les neurosciences au point d’en faire son objectif principal : il fera de la recherche fondamentale pour décortiquer les arcanes du fonctionnement mental.

Fort d’un réel talent pour l’entreprise et d’une motivation sans limite, il démarche plus d’une centaine de laboratoires en Europe et aux Etats-Unis et postule à différentes sources de financements.

La Suisse lui ouvre ses portes, en 2015, avec un Swiss Government Excellence Scholarship pour accomplir sa thèse à l’Université de Lausanne, dans l’Unité de recherche sur la neurobiologie des troubles addictifs et alimentaires, dirigée par le Dr Benjamin Boutrel (Centre de neurosciences psychiatriques, Département de psychiatrie du CHUV).

Un rôle de composition

Conscient des défis technologiques que la science actuelle doit relever, le chercheur dépose, en troisième année de thèse, un projet Doc Mobility au FNS, pour acquérir auprès du Dr Carl Lupica (National Institute on Drug Abuse, Baltimore, USA) les connaissances les plus fines en électrophysiologie et optogénétique.

Les acteurs connaissent les rôles de composition, il en est parfois de même chez les scientifiques. Sans avoir jamais bu une goutte d’alcool, Kshitij Jadhav s’est efforcé, au cours de ses quatre années de thèse, de comprendre les bases neurobiologiques de la perte de contrôle sur la consommation d’alcool. En s’attachant plus particulièrement à décortiquer les effets d’un stress modéré chronique au cours de l’adolescence du rongeur, il a fédéré dans une théorie originale un ensemble d’observations dévoilant le rôle de mécanismes inflammatoires, vraisemblablement liés au microbiote intestinal, altérant la trajectoire neurodéveloppementale de ces jeunes animaux.

Cette thèse a été défendue le 25 octobre 2019 à la Faculté de biologie et de médecine. Le jeune homme se réjouit de la reconnaissance de son travail, alors qu’il s’apprête à partir pour l’Université de Cambridge l’année prochaine, grâce à un nouveau soutien du FNS pour la mobilité post-doc.

Arrêt du développement cérébral

Kshitij Jadhav défend l’idée que des réactions centrales et périphériques au stress environnemental déclencheraient une charge allostatique contribuant à l’arrêt fonctionnel du développement cérébral des adolescents.

« A l’adolescence, le cerveau connait sa deuxième phase de développement, notamment cortical, chez les humains comme chez les rats. Quand ils sont perturbés régulièrement au cours de cette phase critique du développement neurocognitif, les rongeurs manifestent un phénotype juvénile irréversible, composé de sensibilisation émotionnelle et d’immaturité cognitive. C’est comme s’ils restaient indéfiniment adolescents », explique Kshitij Jadhav.

Il décrit un processus circulaire : le stress déclenche une inflammation et confère une vulnérabilité en perturbant le processus de prise de décision rationnelle, augmentant de fait significativement le risque de développer un trouble addictif, en particulier vis-à-vis de l’alcool.

Une question reste ouverte : l’injection d’une molécule antiinflammatoire pourrait-elle empêcher les effets délétères du stress ? Les futurs travaux de Kshitij Jadhav vont le mener à étudier une autre question d’importance: pourquoi et comment certains jeunes pourraient-ils mieux résister au stress que d’autres ? Quelles pourraient être les bases neurobiologiques et neuroimmunitaires de la résilience ?

« Sachant qu’un patient sur cinq admis au CHUV l’est pour des raisons liées plus ou moins directement à l’alcool, on mesure l’intérêt sociétal de cette étude », affirme le vice-recteur François Bussy.