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1671

Charles Robinet, Lettres en vers

Paris, Chenault, 1671

Critique des Fourberies de Scapin

Dans sa lettre du 30 mai 1671, Robinet consacre une longue critique à la nouvelle création de Molière, Les Fourberies de Scapin :

A Paris, pour finir enfin,
On ne parle que d’un Scapin
Qui surpasse défunt l’espiègle
(Sur qui, tout bon enfant se règle)
Par ses ruses et petits tours
Qui ne sont pas de tous les jours.
Qui vend un montre à son maître qu’à sa maîtresse il doit remettre,
Et lui jure que des filous
L’on prise en le rouant de coups,
Qui, des Loups-garous, lui suppose,
Dans un dessein qu’il se propose
De lui faire, tout à son gré,
Rompre le cou sur son degré,
Pour l‘empêcher de courre en ville,
Et l’arrêter au domicile.
Qui boit certain bon vin qu’il a
Puis accuse de ce fait-là
La pauvre et malheureuse ancelle,
Qui pour lui, le maître querelle.
Qui sait deux pères attraper,
Et par des contes bleus duper,
Si qu’il en escroque la bourse,
Qui, de leurs fils, est la ressource.
Qui fait, enfin, et caetera :
Et cet étrange Scapin là
Est Molière en propre personne,
Qui, dans une pièce qu’il donne,
Depuis dimanche, seulement,
Fait ce rôle admirablement,
Tout ainsi que la Thorillière,
Un furieux porte-rapière,
Et la grande actrice, Beauval,
Un autre rôle jovial
Qui vous ferait pâmer de rire,
A moins, je ne vous saurais dire,
Que vous ne fussiez affligé
De la forte migraine et du chagrin que j’ai.

Charles Robinet, Lettres en vers à Monsieur, Paris, Chenault, 1671. [Mazarine, 296-A5-RES]


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