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1673

Charles Robinet, Lettres en vers

Paris, Chenault, 1673

Couverture de La Suite du Festin de Pierre

Dans sa lettre du 4 février 1673, Robinet couvre la création de La Suite du Festin de Pierre des Italiens. Le nombre de vers qu'il lui consacre est exceptionnel, les couvertures du théâtre italien étant d'habitude plus courtes :

La comédie où je prétends
M'aller ébaudir quelque temps
Est si l'on voudrait s'en enquerre
La Suite du festin de Pierre
Que messieurs les Ausoniens
Alias, les Italiens
Dont nous aimons le jeu folâtre
Représentent sur leur théâtre
L'argument en est en deux mots ;
Certain scélérat de héros
Bâtard et parfaite copie
De ce Don Juan d'une âme impie
Qu'en autre tragédie on voit
Périr ainsi qu'il le devait
Et même dedans cette suite
Meurt aussi selon son mérite
Ce fils plus scélérat encor
Qui prend un Insolent essort
Dans toutes les sortes de vices
Qui de ses sens font les délices
Car l'assassinat, et le dol
L'enlèvement, et le viol
L'infidélité, le blasphème
Contre la divinité même
Sont les jeux de ce garnements
Lequel enfin pour châtiment
Est enfoncé d'un coup de foudre
Dans les enfers et mis en poudre
Or ce sujet triste de soi,
Est propre à donner de l'effroi
Par sa catastrophe tragique
Paraît néanmoins si comique
Qu'on y rit d'un à l'autre bout,
Et cela veut dire partout
Selon les charmantes manières
D'égayer de telles matières
Propres certe, à ces seuls chrétiens
A ces rares comédiens
Qui feraient, même, un Caton rire
C'est une chose qu'on peut dire
Dans les plus lugubres sujets
Tournés dans leur rôles follets
D'ailleurs dans cette tragédie
Ou plutôt pure comédie
Beaucoup de spectacle l'on a
Maintes machines l'on voit là
On a de plus bonne musique
Dont Cambert, ce scientifique
Est le compositeur charmant
Et qu'on admire incessamment
Illec, une Sirène aimable
Et dont la voix est admirable
Chante à ravir deux ou trois airs
Accompagnés de doux concerts,
Item un baladin y danse
Lequel est un démon, je pense,
Vu l'air dont il tourne son corps
Pour les sauts, de tous bons accords
Scaramouche avec sa guitare
N'y fait rien vraiment que de rare ;
Arlequin là, facétieux
Autant qu'autre part sérieux
S'y surpasse en ses gentillesses
Qui font nos plus chères liesses
Et pour conclure enfin Lecteurs
En général tous les acteurs
Tant les sérieux que comiques
Plusieurs en habits magnifiques
S'y signalent comme à l'Envi
Et certainement je le dis,
Car j'ai la pièce déjà vue
Qui par moi doit être revue.

Transcription de David Chataignier disponible sur Molière21.


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