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1671

Charles Robinet, Lettres en vers

Paris, Chenault, 1671

Couverture de Diane et d'Endymion

Le 14 novembre, Robinet rend compte largement d'un opéra donné à la cour, Diane et Endymion de Jean de Granouilhet de Sablière, après une partie de chasse :

L’un des jours de l’autre semaine,
Ce m’ont dit des gens de la reine,
On célébra la Saint Hubert,
À l’ordinaire, du bel air,
Proche le château de Versailles,
En faisant là les funérailles,
De maints animaux dont le sort
Avait lors, décrété la mort.
D’iceux, furent des cerfs allègres,
Qui couraient comme des chars maigres,
Lièvres peureux, daims bondissant,
Et des perdrix, et des faisans,
Dont l’on vit, par notre grand sire,
Jusques à des cinquante, occire,
Qui, de la sorte (heur sans égal)
Eurent un trépas tout royal.
Le susdit innocent massacre,
Qu’annuellement, on consacre
Au saint patron des giboyeurs,
Dont les Chiens sont grands aboyeurs,
Fut suivi d’un banquet splendide,
Où l’intestin le plus avide,
Et même plus délicieux,
Se serait satisfait des mieux.
Mais, en cette fête royale,
Le meilleur de tout le régale,
Fut certain petit opéra,
Que toute la cour admira.
On y voit, comme en miniature,
Et très délicate peinture,
La belle, et tendre passion
De Diane, et d’Endymion,
Charmant berger qu’aucun n’égale :
Et cette pièce musicale,
Contient cent mignonnes beautés,
Et cent rares diversités
Dignes d’être considérées,
Et, voire, des plus admirées.
Le prélude propre au sujet,
Par un grand bruit de cors, se fait,
Après lequel, Pan, Dieu sauvage,
Sort du milieu d’un vert bocage,
Avec des faunes, et sylvains,
Qui sont plus légers que des daims :
Et chantant un air de liesse,
Les avertit que la déesse
Paraît, déjà, dedans le bois,
Pour mettre une bête aux abois,
Et les exhorte d’importance,
A joindre leurs chants, et leur danse
Pour lui plaire, et la divertir,
Ce qu’ils font des mieux, sans mentir.
Lors, le bruit des cors recommence,
Et, dans l’instant, même, s’avance
Une troupe d’ardents chasseurs,
De diane, les précurseurs,
Lesquels annoncent sa venue :
Et sitôt qu’elle est aperçue,
Le chasseur, avec le sylvain,
La demi-pique, et tierce, en main,
Dansent, ensemble, devant elle.
Puis cette brillante Immortelle,
Les ayant tous faits retirer,
Pour en liberté, respirer,
Avecque ses nymphes, seulette,
Elle pousse une chansonnette
Qui découvre que ses désirs,
Ses passions, et ses plaisirs,
Se terminent tous dans la chasse,
Où maint gibier elle terrasse.
Elle rentre après, dans le bois,
De son destin suivant les lois,
Qui jusques là, bornent ses fêtes,
À vaincre et massacrer des bêtes.
Mais un des faunes qui l’oyait,
Quand de la sorte, elle chantait,
En vient, tout seul, ensuite, rire :
Et se mêle de lui prédire
Qu’un jour, les mystères d’amour
Pourront bien lui plaire à leur tour.
Par là, finit le premier acte,
Selon qu’en ma mémoire exacte,
J’en ai le détail retenu :
Et voici tout le contenu
Du second, sans erreur quelconque.
D’abord, au fond d’une Spelunque,
Se voit Endymion qui dort,
Jouissant d’un tranquille sort :
Mais l’amour qui veut qu’il soupire,
Vient, et l’un de ses traits lui tire,
Et, par d’autres petits amours,
Lesquels volent à son secours,
Ce Dieu des plaisirs, et des peines,
Le fait, encor, charger de chaînes,
Afin de s’en assurer mieux :
Mais, voulant couronner ses feux,
Il va, soudain, à la déesse,
Inspirer la même tendresse.
Six des amours, en ce moment,
Tout à fait, agréablement,
Dansent de joie, une bourrée,
Laquelle, grandement, agrée ;
Et le berger, lors, éveillé,
Qui, de la sorte, est enrôlé,
Dessous le Dieu, par qui l’on aome,
S’en plaint comme un mal extrême.
Il est consolé, toutefois,
Par Dame Écho, de qui la voix
Lui répond qu’il faut qu’il espère,
Et qu’amour lui sera prospère.
Enfin, viennent des fagoteurs,
Lesquels, en habiles sauteurs,
Amassant leur bois, en cadence,
Forment, encores [sic], une danse :
Et le faune qui met son nez,
Aux affaires, de tous côtés,
Aussi parmi eux, se présente,
Et, les raillant, derechef, chante,
Puis le beau goguenard s’ensuit,
Et, par là, cet acte finit.
Dans le trois, qui ferme la pièce,
Diane montre sa liesse,
D’avoir eu, selon ses souhaits,
Dans sa chasse, un entier succès :
Mais on l’oit, en même temps, plaindre,
De ce qu’elle se sent contraindre,
À brûler pour le beau chasseur,
Dont la vue a charmé son cœur,
Auparavant, comme insensible,
Et, bref à l’amour, invincible.
Afin de charmer ses douleurs,
Elle s’en va cueillir des fleurs
Qu’elle aperçoit dans un parterre :
Et, lors, six cueilleuses, belle erre,
Viennent devant elle, danser.
[…]
Pour assister à l’opéra,
Le lecteur, s’il lui plaît, saura,
Que l’auteur est un gentilhomme [Ordinaire.]
Et, toute flatterie à part,
D’écrire, en vers, et prose, à l’art,
Voire, de manière galante,
Naturelle, aisée, et brillante,
Laquelle lui coûte si peu,
Que tout, pour lui, n’est rien qu’un jeu :
Ayant fait cette pastorale,
Dont le détail je vous étale,
En quinze jours, tant seulement,
Et néanmoins, heureusement.

Au reste, le Sieur de Sablière, [Chef de la Musique de Monsieur]
D’intelligence singulière,
En la musique, a fait les chants,
Tout de même, en très peu de temps,
Leviés, dont la voix est plus belle
Que n’est celle de Philomelle,
Y représente Endymion,
Avec pleine admiration.
Sa Diane, chose certaine,
Est une petite sirène,
Dont le chant est beaucoup chéri,
Qu’on nomme Mad’moiselle Aubry.
Pour l’amour, c’est ce petit ange
Qui vaut un excès de louange,
Et c’est pour vous le dire, enfin,
La jeune, et mignonne Turpin,
Qui par sa voix, et par sa grâce,
Tous les autres chantres, surpasse.

Transcription de David Chataignier disponible sur le site Molière21.


Pour indiquer la provenance des citations : accompagner la référence de l’ouvrage cité de la mention « site Naissance de la critique dramatique »