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1670

Charles Robinet, Lettres en vers

Paris, Chénault, 1670.

Succès de la troupe de Molière

Dans sa lettre du 27 septembre 1670, Robinet fait la promotion de la troupe de Molière, choyée du roi. Elle suivra la cour à Chambord, où elle jouera Le Bourgeois Gentilhomme ce dont il rendra compte dans sa lettre du 18 octobre 1670. Il reviendra sur la pièce le 15 novembre.

Ainsi le roi va, dans Chambord,
Joyeusement, prendre l'essor,
Avec sa cour, si florissante,
Pendant des jours, ou quinze, ou trente ;
Et la chasse des cailleteaux,
Ou, notamment, des perdreaux,
Qui, vraiment, est d'un grand délice,
Fera là tout son exercice.
D'ailleurs, la comédie, aussi,
Y pourra charmer son souci,
Avec toute sa petite oie,
Laquelle inspire pleine joie.
Molière, privilégié,
Comme seul des talents doué,
Pour y divertir ce cher Sire,
En prend, ce vient-on de me dire,
La route, sans doute, lundi,
Le matin, ou l'après-midi,
Avec sa ravissante troupe,
Qui si fort a le vent en poupe ;
Et même où, par l'ordre royal,
On voit, depuis peu, la Beauval,
Actrice d'un rare mérite,
Qui, de bonne grâce, récite,
Ainsi qu'avecque jugement,
Et qui, bref, est un ornement
Des plus attrayants qu'ait la scène,
C'est une vérité certaine.

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[18 octobre]

Mardi, ballet et comédie, [intitulée Le Bourgeois gentilhomme.]
Avec très bonne mélodie,
Aux autres ébats succéda,
Où, tout, dit-on, des mieux alla,
Par les soins des deux grands Baptistes, [Les sieurs Molière et Lully.]
Originaux, et non copistes,
Comme on sait, dans leur noble emploi,
Pour divertir notre grand Roi,
L'un, par sa belle comédie,
Et l'autre, par son harmonie.

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[15 novembre]

J'ajoute, encore, pour la fin,
Qu'à Versaille et qu'à Saint Germain,
La cour s'est, des mieux, divertie,
Ma Muse étant bien avertie,
Par un officieux mortel,
Que les grands acteurs de l'Hôtel,
Au dit Versaille ont fait merveilles,
Charmant les yeux et les oreilles,
Et que ceux du Palais-Royal,
Chez qui Molière est sans égal,
Ont fait, à Saint-Germain, de même,
Au gré des Porte-Diadème,
Dans le régale de Chambord,
Qui plut alors, beaucoup, encor,
Et qu'ici nous aurons, en somme,
Savoir Le Bourgeois gentilhomme,
Lequel est un sujet follet
De comédie, et de ballet.
Un Amour et l'une des Grâces,
Tenant là, d'assez bonnes places,
Auprès de nos deux majestés,
Et c'est-à-dire, à leurs côtés,
Comme étant de haute volée,
Etaient, aussi, de l'assemblée.
Or, cette Grâce, et cet Amour
Qu'admirait, sans cesse, la cour,
Etaient (pour qui j'ai très grand zèle)
Le Dauphin, et Mademoiselle,
Que ce Prince leste et brillant,
Et, déjà, tout à fait, galant,
Conduisit là, d’une manière
Qui ravit l’assemblée entière.

Transcription de David Chataignier disponible sur le site Molière21.


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