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1670

Charles Robinet, Lettres en vers

Paris, Chénault, 1670.

Mort de Mlle Des Oeillets

Dans sa lettre du 1er novembre, Robinet consacre plusieurs vers à la mort d’une des comédiennes phare de l’Hôtel de Bourgogne : Mlle Des Oeillets.

Cependant, notre belle cour,
De Chambord, vers nous, de retour,
Se prépare à diverses fêtes
Qu'on doit, pour l'hiver, tenir prêtes,
Tant en magnifiques ballets,
Demi-sérieux, et follets,
Qu'en ravissantes mélodies,
Et, tout au moins, sept comédies,
À quoi nos seigneurs les auteurs,
Tant les grands que petits docteurs,
Travaillent de toute leur force,
Gloire, ou gain, leur servant d'amorce.
Mais quoi : la scène de l'Hôtel,
Se voit, par un destin cruel,
Dont elle est toute désolée,
De la Des Oeillets dépouillée,
Cette actrice qui, constamment,
Jouait si naturellement,
Et d'une façon si divine,
Dans ses grands rôles d'héroïne,
Que tout chacun qu'elle y charmait
Sans pareille l'en estimait.
La passion était poussée,
Par cette actrice bien sensée,
Avecque tant de jugement,
Et l'art, d'ailleurs, si finement,
Secondait la nature en elle
Qu'encore un coup, sans parallèle,
On la croyait, avec raison,
Néanmoins même hors de saison,
N'ayant pas quarante-neuf années
Bien complètes et terminées.
Samedi dernier, dans son lit,
Sa dernière scène elle fit,
Mais de manière si chrétienne
Que l'illustre comédienne
N'avait point, encore, joué mieux,
Pour gagner la gloire des cieux.
La Royale Troupe, éplorée,
Et de sa perte très outrée,
Dimanche, accompagna son corps,
Jusqu'en son gîte, chez les morts,
Où la douleur tira des larmes,
Qui semblaient de liquides charmes,
De plusieurs et plusieurs beaux yeux,
Entre lesquels je compte ceux
De cette autre charmante actrice,
Par ses appas si tentatrice,
Mademoiselle Dennebaut,
Que son papa fit comme il faut, [Le sieur de Montfleury.]
Pour, sur la scène, beaucoup plaire,
Ce qu'elle sait, vraiment, bien faire,
Ainsi que son aimable sœur,
Qu'estime fort le spectateur,
Parmi la troupe entretenue,
Dans le Marais, si bien connue,
Qui travaille à de grands apprêts,
Pour, cet hiver, faire florès.

Transcription de David Chataignier disponible sur le site Molière21.


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