Par support > Périodiques, gazettes, … > Le Mercure galant

 

1678

Jean Donneau de Visé, Le Mercure galant

Paris, Ribou, 1678

Actualité dramatique et compte-rendu du Comte d'Essex

Le Mercure galant de janvier 1678 passe en revue les différentes pièces jouées sur les théâtres parisiens, en faisant la part belle au Comte d'Essex de Thomas Corneille pour la justifier contre les critiques. Il annonce également une nouvelle pièce d'Abeille, et une autre de Hauteroche. Le mois suivant, le Mercure galant annonce la parution du Comte d'Essex imprimé et le succès du Lyncée d'Abeille.

Pour ce qui regarde le théâtre, la troupe de Guénégaud a joué La Dame médecin de M. de Montfleury et celle de l’Hôtel de Bourgogne, Le Comte d’Essex, que je vous mandai la dernière fois qu’elle promettait. Je ne m’étais point trompé en vous disant qu’il n’y avait rien de plus touchant que cette pièce. Elle a déjà coûté bien des larmes à de beaux yeux et c’est une assez forte marque de son succès. Ce n’est pas qu’elle n’ait eu la destinée de tous les ouvrages qui ont le mieux réussi. On les critique d’abord et ceux qui mettent le bel esprit à n’approuver jamais rien ou qui veulent que tout ce que leurs amis n’ont pas fait soit à rejeter ne manquent pas de passer arrêt de condamnation le premier jour. On en accuse de la même sorte à l’égard du Comte d’Essex. Une douzaine de vers qu’on a prétendu être négligés, a fait dire aux uns et aux autres qu’il serait encore plus promptement condamné en France qu’il ne l’avait été autrefois en Angleterre. On l’a publié, on l’a écrit en province. Cependant les grandes assemblées y continuent et il n’y a pas d’apparence qu’on les voie si tôt cesser. Leurs Altesses Royales, Monsieur et Madame, ont honoré la représentation de cette pièce de leur présence et, après les louanges publiques qu’ils lui ont données, on peut dire qu’elle n’a besoin d’aucun autre éloge. La gloire en est d’autant plus grande pour M. de Corneille le jeune que, ne prévenant jamais les suffrages ni par des lectures ni par des brigues, il peut s’assurer que ce qui réussit de lui mérite toujours de réussir. Il est vrai que cet ouvrage est admirablement soutenu dans la troupe qui le représente. On sait que Mlle de Champmeslé n’a jamais de rôle touchant qu’elle n’y charme et celui du Comte d’Essex est joué d’une manière qui lui gagne tous ses auditeurs.
Cette même troupe nous promet une tragédie intitulée Lyncée et une comédie en trois actes sous le nom des Nouvellistes. Cette tragédie est de M. Abeille. On en parle fort avantageusement et je ne manquerai point à vous en faire savoir le succès. Les Nouvellistes sont de l’auteur de Crispin Musicien, qui n’a pas moins diverti la cour que le peuple et dont les représentations ont eu cet hiver autant de succès que si la pièce eût encore eu la grâce de la nouveauté.


[février 1678] Le Comte d’Essex de M. de Corneille le jeune est imprimé. Je vous l’envoie et ne doute point que vous ne receviez beaucoup de plaisir de la lecture d’une pièce qui a occupé le théatre de l’Hôtel de Bourgogne avec tant de succès pendant les deux derniers mois. Le Lyncée de M. Abeille y parut il y a trois jours. Il fut extraordinairement applaudi. Les vers en sont beaux, les pensées brillantes et dignes de l’auteur du Coriolan.

Texte disponible sur la plateforme OBVIL.


Pour indiquer la provenance des citations : accompagner la référence de l’ouvrage cité de la mention « site Naissance de la critique dramatique »