La « voix de la mère-patrie »

A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, 430’000 Suisses sont établis à l’étranger sans compter les citoyens binationaux, soit le dix pour cent de la population. Dans le contexte de défense nationale spirituelle, le maintien des liens entre la Suisse et ses ressortissants devient une priorité pour la Confédération helvétique. Pour ce faire, la radio constitue un moyen de communication privilégié. Alors que la presse suisse rencontre des difficultés à s’exporter, le Service suisse des ondes courtes (SOC) permet la transmission d’émissions radiophoniques à l’autre bout du monde.

Place centrale de la revue Echo éditée en Suisse par la Nouvelle Société helvétique (NSH) et destinée aux expatriés. © Lätt Arnold, Les Suisses dans le vaste monde, publ. par la Nouvelle Société helvétique et la Commission des Suisses à l’étranger, Lausanne : Ed.Spes, 1931.
Place centrale de la revue Echo éditée en Suisse par la Nouvelle Société helvétique (NSH) et destinée aux expatriés. © Lätt Arnold, Les Suisses dans le vaste monde, publ. par la Nouvelle Société helvétique et la Commission des Suisses à l’étranger, Lausanne : Ed.Spes, 1931.

La volonté d’entretenir les liens avec les expatriés ne date pas de la Seconde Guerre mondiale. Dès 1914, la Nouvelle Société helvétique (NSH) se forme à Berne. Cette association se donne notamment pour but de « resserrer les liens et multiplier les relations des Suisses à l’intérieur du pays et à l’étranger. » A cet effet, elle crée un Secrétariat des Suisses à l’étranger en 1916. Dans la conception de la NSH, les Suisses de l’étranger sont perçus comme une extension de leur pays d’origine, d’où leur importance. Elle les désigne comme la « Cinquième Suisse », après l’acceptation en 1938 du romanche en tant que quatrième langue nationale. Estimant que les ressortissants suisses sont avant tout les ambassadeurs de leur pays d’origine, la NSH édite à leur intention, en 1927, le manuel Ta Patrie, censé leur donner les connaissances nécessaires pour propager la culture helvétique de par le monde et défendre ses intérêts.

En raison de sa spécificité, le Service suisse des ondes courtes permet de donner une autre envergure à ces démarches en diffusant des émissions régulières destinées à un public international large, mais également aux Suisses de l’étranger, depuis l’émetteur à ondes courtes de la Société des Nations à Prangins dès 1934, puis par le biais de l’émetteur national de Schwarzenbourg dès l’été 1940. Ces émissions constituent un moyen efficace pour faire entendre la « voix de la mère-patrie ».

Représentation de la Cinquième Suisse dans les chroniques du SOC

Les chroniques, ayant pour sujet spécifiquement les colonies helvétiques, donnent une idée de la perception que les journalistes du SOC se font des Suisses de l’étranger. Ces derniers sont considérés comme des émissaires au service de la Suisse. En promouvant le savoir-faire helvétique dans des domaines tels que l’économie, la technologie ou l’agriculture, ils participeraient à son rayonnement. C’est pourquoi, le SOC essaie, par le biais de ses bulletins, de soigner ce public-là, en lui témoignant son soutien dans les moments difficiles. Il ne faut pas oublier que les expatriés connaissent souvent une situation précaire dans les pays en guerre.

Un autre instrument: la revue Echo

La revue Echo, éditée depuis 1921 par le Secrétariat des Suisses à l’étranger, poursuit des buts similaires. Une certaine complémentarité l’unit au SOC. Le médium papier propose parfois la grille des programmes de la radio internationale suisse, des articles les annonçant ou vantant l’utilité d’un tel service. De plus, tout comme la radio, Echo franchit les frontières pour se retrouver dans les clubs, sociétés ou familles des Suisses de l’étranger. La revue demeure une des seules publications dont la diffusion a été autorisée par la censure allemande. Contrairement au SOC, Echo s’adresse uniquement aux Suisses de l’étranger. Le public visé représente donc l’une des différences centrales entre les deux médias. En outre, le SOC, par le biais de ses chroniques, propose une information quotidienne, alors que la revue paraît mensuellement. Néanmoins, tous deux se rejoignent pour participer à l’effort de propagande à destination des Suisses de l’étranger, un effort particulièrement encouragé par la Confédération en ces temps de guerre.

Sophie Chiffelle

Bibliographie

Arlettaz Gérald et Graf Christoph (dir.), Die Auslandschweizer im 20. Jahrhundert = Les Suisses de l’étranger au XXe siècle, Etudes et Sources, Archives Fédérales Suisses, n° 28, Berne: P. Haupt, 2002.

Guanzini Catherine et Wegelin Peter, Kritischer Patriotismus: Neue Helvetische Gesellschaft = Patriotisme critique: Nouvelle Société Helvétique = Patriottismo critico: Nuova Società Elvetica: 1914-1989, Berne: P. Haupt, 1989.

Tous les textes du séminaire

Chroniques

Les deux Chroniques politiques et culturelles des 25 août 1943 (anglais) et 23 juillet 1944 (anglais), qui ont pour unique objet la question des Suisses de l’étranger, ont été réalisées à presque une année d’intervalle. Toutefois, les thématiques abordées ne varient guère, à savoir la situation des colonies suisses en temps de guerre, et par conséquent, celle des expatriés.

Annexes

1) Présentation du Service suisse des ondes courtes par Paul Borsinger, son premier directeur [en pdf]. Il explique le double but du Service, à savoir renforcer les liens avec les expatriés tout en faisant connaître la position de la Suisse parmi les autres nations.

Echo: revue des Suisses de l’étranger, Olten: Edition Otto Walter, S.A., juin 1940, pp. 10-11.

2) Nombre de ressortissants suisses à l’étranger 1926-1992 [en pdf].

Ces chiffres officiels ne prennent pas en compte les Suisses installés à l’étranger qui possèdent une double nationalité et ceux qui ne sont pas annoncés auprès d’un consulat. Il faut alors les revoir nettement à la hausse. Pour ces raisons, il est difficile d’estimer le nombre exact d’expatriés helvétiques.

Marc Perrenoud, « Aperçu sur les Suisses de l’étranger et la décolonisation en Afrique », in Arlettaz Gérald et Graf Christoph (dir.), Die Auslandschweizer im 20. Jahrhundert = Les Suisses de l’étranger au XXe siècle, Archives Fédérales Suisses, Etudes et Sources, n° 28, Berne: P. Haupt, 2002, p. 330.

Liens

Sur la défense nationale spirituelle
(Dictionnaire historique de la Suisse)

Sur les Suisses de l’étranger
(Dictionnaire historique de la Suisse)

Sur la Nouvelle Société helvétique
(Dictionnaire historique de la Suisse)