Deux économistes sur la piste d’un PIB vert

Faculté des hautes études commerciales

Professeure de macroéconomie, Kenza Benhima est la directrice académique de l’Institut d’économie appliquée (CREA) et son collègue Mathieu Grobéty en est le directeur exécutif ; tous deux collaborent avec d’autres membres de HEC (enseignants, chercheurs et étudiants) sur la question de l’évolution du produit intérieur brut (PIB) et le développement d’un PIB durable.

Félix Imhof © UNIL

Nous connaissons l’état actuel de la conjoncture mais pas le PIB Suisse 2022.

Mathieu Grobéty
Directeur, Institut d’économie appliquée

Le baromètre conjoncturel établi par l’Institut CREA à partir de plusieurs variables (marché du travail, exportations…) permet d’estimer si l’économie helvétique est en croissance ou en récession. «Nous avons également développé des indicateurs plus locaux pour obtenir une estimation de l’état conjoncturel au niveau romand», affirme Mathieu Grobéty. Pour l’heure, il n’est cependant pas possible d’en déduire le PIB suisse 2022. Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) n’a donné que le pourcentage au quatrième trimestre 2021, qui indique une modeste progression par rapport aux deuxième et troisième trimestres. «Nous connaissons l’état actuel de la conjoncture mais pas le PIB», résume-t-il. «Il y a un décalage entre le temps vécu de l’économie et celui de l’observation», souligne la professeure Benhima.

Baromètre à haute fréquence

L’un des enjeux consiste à mettre en place un baromètre conjoncturel à haute fréquence, hebdomadaire, voire quotidien, publié dans l’Agefi. Mathieu Grobéty travaille déjà avec ce journal, où il publie un baromètre mensuel, en collaboration avec un étudiant qui en a fait son mémoire de master. À l’UNIL, les chercheurs de l’Institut CREA peuvent compter sur la Division calcul et soutien à la recherche (DCSR) pour établir ce baromètre à haute fréquence, pour la Suisse et sa partie romande, à partir de données récoltées en ligne par ses ordinateurs.

L’idée complémentaire d’un PIB vert est esquissée. «Il s’agit d’améliorer la mesure actuelle du PIB en tenant compte des dégâts environnementaux de la production industrielle, qui accroît le dérèglement climatique», explique la professeure. Cette «externalité» n’apparaît pas aujourd’hui dans la mesure du PIB, qui ne concerne que la valeur de marché (celle des biens vendus et du profit généré). «Il faut envisager la valeur sociale en tenant compte des dégâts causés par nos émissions de CO2 car, en réalité, nous payons déjà le prix des inondations et autres catastrophes actuelles et annoncées», poursuivent les deux spécialistes. Et nous vivons à crédit en repoussant la plupart des coûts sur les générations futures.

Réduire les «externalités»

L’Institut CREA collabore avec le Centre E4S (HEC-UNIL, IMD et EPFL) pour élaborer cet indicateur de la valeur sociale de la production. Il s’agit de mesurer une «externalité mondiale» à partir d’un modèle mathématique. Comment calculer l’impact d’une tonne de carbone sur le climat et évaluer ainsi son coût environnemental, économique et intergénérationnel ?

Félix Imhof © UNIL

Nous souhaitons proposer un outil flexible en ligne permettant à tous les acteurs économiques de calculer le coût social du carbone et nous estimons que cela fait partie des missions de l’UNIL et de HEC.

Kenza Benima
Professeure ordinaire, Institut d’économie appliquée

La recherche en macroéconomie essaie déjà d’intégrer climat et économie à travers les modèles IAM (Integrated Assessment Models), esquisse Kenza Benhima. «Nous souhaitons proposer avec E4S un outil flexible en ligne permettant à tous les acteurs économiques de calculer ce coût social du carbone et nous estimons que cela fait partie des missions de l’UNIL et de HEC», conclut-elle. L’Institut CREA lui-même est historiquement impliqué dans l’économie, à l’intersection de la recherche, de la formation et de leur impact sociétal.

Pour résumer, il s’agit de mieux «mesurer l’économie», d’une part, en établissant un baromètre conjoncturel de haute fréquence pour «saisir le temps réel» et, d’autre part, en donnant une valeur monétaire aux externalités, qui ne sont pas assez prises en compte dans les décisions des entreprises et du système politico-financier. – NR