Comment traiter les crimes d’honneur et les mariages forcés en situation d’immigration ?

Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique

VU DES FACULTÉS

Maître-assistante en criminologie (à la Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique), Clara Rigoni est une spécialiste des crimes dits d’honneur et des mariages forcés, des pratiques qui, en Europe, se rencontrent surtout dans des communautés immigrées.

Fabrice Ducrest © UNIL

VU DES FACULTÉS

Maître-assistante en criminologie (à la Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique), Clara Rigoni est une spécialiste des crimes dits d’honneur et des mariages forcés, des pratiques qui, en Europe, se rencontrent surtout dans des communautés immigrées.

La chercheuse s’intéresse à la possibilité de traiter ces crimes en ayant recours à des programmes de « résolution alternative des conflits ». Ces actes ayant potentiellement des conséquences pénales restent difficiles à prouver, quand des témoins se rétractent, par exemple, ou quand des victimes se refusent à dénoncer leur famille ou retirent leur plainte. Comment soutenir alors l’action des institutions ?

Elle a exploré cette question au Royaume-Uni et en Norvège, en collaboration avec les autorités policières, judiciaires et des médiateurs. Elle souhaite maintenant mettre le focus sur la Suisse et l’Italie, en collaborant avec des personnes de la deuxième, voire de la troisième génération, pour identifier les problèmes et les besoins au sein des communautés, améliorer la communication avec la police, la justice et les institutions étatiques en général. « Il s’agit d’aider les institutions à cerner ce genre de problématique, à protéger les victimes, à punir les criminels, mais aussi à trouver des solutions utiles et durables pour toutes les personnes impliquées », décrit-elle.

Enjeux transculturels

Elle précise qu’il est interdit, au Royaume-Uni, d’utiliser la médiation, notamment quand des mineur·e·s sont impliqué·e·s ; on va plutôt chercher à interrompre les contacts familiaux, et même, dans les cas les plus graves, offrir à la jeune victime un changement d’identité. Mais certaines communautés prennent elles-mêmes des initiatives informelles, par exemple en intervenant auprès des familles. La Norvège, pour sa part, travaille déjà avec des médiateurs dans le cadre d’une cross cultural transformative mediation. Ce type de médiation a été développé par une médiatrice danoise d’origine afghane et met l’accent sur les enjeux transculturels, notamment la question du contrôle social au sein des communautés immigrées sur le sol européen, mais aussi la pression exercée par d’autres membres de la famille, y compris depuis le pays d’origine.

Les filles, premières victimes

Il peut s’agir, par exemple, de pressions pour marier un jeune homme du pays concerné à une jeune fille vivant en Europe. L’affaire peut avoir une dimension économique, ou alors il s’agit de protéger l’honneur de la famille en exerçant un contrôle strict sur la sexualité des jeunes filles. L’envoi au pays d’origine durant les vacances scolaires, ou lors de la maladie d’une grand-mère, peut parfois cacher un mariage non souhaité. Ces cas, parmi d’autres, sont décrits par Clara Rigoni. La chercheuse précise que les mariages forcés peuvent aussi se dérouler sur le sol européen, sous la forme d’un « mariage traditionnel ou religieux, sans valeur officielle dans le pays d’accueil mais qui va peser sur les femmes de la même manière ». Si des garçons peuvent aussi être forcés, les filles restent les premières victimes de ces contraintes avant et pendant le mariage, notamment sous la forme d’une surveillance constante des hommes de la famille sur la sexualité des femmes.

À la question de savoir comment traiter l’élément culturel dans le droit pénal, Clara Rigoni suggère qu’il faut se donner les moyens d’identifier ces crimes, de mieux communiquer pour faire de la prévention et d’agir plus efficacement dans certains contextes où la répression seule ne fonctionne pas. « Pour favoriser l’accès des victimes à la justice, il faut parfois passer par l’expertise de la communauté », précise la chercheuse. – NR