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1697

Mme de Maintenon, Lettre à Mme Du Pérou

Esther et Athalie au progamme de Saint-Cyr

Dans cette lettre à la Supérieure Du Pérou datée du 15 mai 1697, Madame de Maintenon prescrit les règles d'utilisation pédagogique du théâtre. Les œuvres trop mondaines doivent être écartées, au profit des tragédies de Racine.

Ma Sœur de Berval m'écrit, de votre part, sur les petites pièces qu'on donne dans les classes pour divertir les demoiselles. Je lui ai déjà répondu qu'une par an, dans chaque classe, suffirait. Il est certain qu'elles doivent communiquer le dessein à la maîtresse générale, qui doit consulter la supérieure, pour voir si leur choix et leur plan est bon. Il faut le montrer encore quand l'ouvrage est fait, afin qu'on juge s'il n'y a rien de messéant pour la religion et pour les mœurs. Ne laissez rien composer aux filles : elles n'en sont pas capables et vous retomberiez aux étranges pièces de Mme de Brinon. Tout ce qu'on peut faire est de prendre l'histoire et le discours de ceux qui l'ont écrit. Il faudrait faire travailler les demoiselles à ces choix-là aux récréations seulement. Elles en seraient occupées, on verrait leur goût, leur esprit, leur douceur, leur patience, mais tout cela, loin à loin, car on abuse de tout en se jetant dans les extrémités.
Athalie et Esther seront toujours ce qu'il y a de plus beau et de meilleur à apprendre par cœur. Il est de la prudence et de la charité d'une supérieure de ne pas exciter par ces sortes de choses un naturel aussi vif que celui de ma Sœur de Bouju. On voulait autrefois ériger ma Sœur de Saint-Aubin en prédicateur et qu'il n'y eût qu'elle qui lui parlât en public. Je m'y opposai et m'opposerai tout de même à voir ma Sœur de Bouju s'ériger en auteur. Songez à la sanctification de vos filles en particulier et au bon ordre général, sans que l'amour du plaisir, ni les facilités pour ce que l'on veut, ni les prétextes dont on se servira, puissent jamais vous en détourner.

Lettres de Madame de Maintenon, éd. Hans Bots et Eugénie Bots-Estourgie, Champion, Paris, 2010, vol. 2, p. 800


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