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1637

Jean Chapelain, Lettre à Mlle Paulet

Corrections après critiques

Cette lettre à Mademoiselle Paulet datée du 15 février 1637 révèle la manière dont les auteurs prenaient en compte les critiques émises lors de la représentations de leurs pièces en corrigeant le texte ou en supprimant les passages problématiques.

Suivant donc vos ordres, je vis hier M. Desmarets, auquel j’eus à peine proposé de votre part le retranchement des vers dont M. Scudéry avait été choqué, qu’il me répondit de galant homme que non seulement il les rayerait volontiers pour l’amour de ceux qui y prenaient intérêt, mais encore ôterait ceux du Cid qui avaient causé ce petit scandale. Et, pour ne vous point faire valoir cette dernière courtoisie, il m’avoua que, par quelques autres bonnes considérations, il avait déjà résolu de laisser toute cette liderie, en quoi il n’y croirait rien perdre, puisque la pensée n’en était pas venue de lui, et qu’il n’avait fait en cela que rimer l’imagination d’un autre.
Ensuite il me dit, en riant, que puisque ce qu’il avait mis dans la bouche d’une folle, comme le sens d’une folle et non pas comme le sien, se pouvait interpréter au désavantage de deux personnes qu’il estimait fort, il voulait l’ôter absolument et pour leur considération et pour la sienne propre, puisqu’il était engagé dans la même offense s’il y en avait. Qu’en effet il se garderait bien, en cette matière de préférence du Cid à l'Aspasie, de donner un arrêt contre soi-même qui serait d’autant plus valide étant pris sérieusement qu’il l’avait prononcé lui–même et s’était privé par là du droit d’en appeler.
Enfin nous conclûmes, sans qu’il fût besoin de contester, que tout cet endroit de blâme prétendu et l’autre encore de louange mal reçue, serait biffé et annulé et qu’il n’en serait jamais fait mention sur le théâtre, ni dans l’imprimerie quand la pièce se mettra sous presse. Voyez maintenant, Mademoiselle, si vous ne portez pas bonheur aux affaires que vous entreprenez, et à ceux que vous y employez, car ce n’est point à moi à qui la gloire de celle-ci est due, mais à vous seulement qui pouvez ce que vous voulez, et qui communiquez votre vertu à ceux que vous faites vos ministres.

Lettre en ligne sur Gallica t. I, p. 137


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