[s. d.]

Boscheron, Carpentariana

Paris, Le Breton, 1724

De l'honnêteté de la comédie

Une longue apologie du métier de comédien s'attache particulièrement à valoriser le genre comique et à lui donner, par la pratique et l'effet qu'il entraîne sur le spectateur, ses lettres de noblesse.

Mais lorsqu’elle [la comédie] représentera des choses honnêtes, pourquoi le métier ne sera-t-il pas honnête ? Mais, dira quelqu’un, il n’est pas honnête de servir au divertissement des autres et de les faire rire. Pourquoi non ? Il est cent fois plus honnête de divertir les autres et de les faire rire que de les attrister et les faire pleurer, ce qui est le propre de mille et mille professions qui sont tenues pour très honorables dans un Etat. Si on se rendait infâme en travaillant au divertissement du public, les peintres et les poètes burlesques seraient les gens du monde les plus infâmes. Qu’a fait Calot toute sa vie sinon de travailler pour faire rire les autres ? Qu’ont fait Marot, Saint-Amant, Scarron ?

Mais ce reproche de faire rire les autres ne regarde que les acteurs comiques, il ne touche point les acteurs dramatiques. Ceux-ci divertissent, non en faisant rire, mais en donnant de l’admiration. Pourquoi sera-t-il plus infâme à un auteur de faire revivre les héros des siècles passés par la voix et par l’action, d’en faire des portraits vivants et parlants, qu’à un peintre ou à un poète, de savoir imaginer de belles attitudes ? Savoir bien exprimer une passion par le pinceau ou par la parole sera une belle chose, et la savoir bien représenter sera infâme ? Cela est impertinent : l’homme est naturellement si cruel et si envieux qu’il ne tient à gloire que ce qui fait de la peine aux autres et il a honte de les divertir.

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