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1699

Edme Boursault, Lettres nouvelles de Monsieur Boursault

Paris, Gosselin, 1699

Lettre sur la moralité du théâtre

Cette lettre sur la moralité du théâtre – en réalité, un montage énonciatif qui permet à Boursault de reparler de son Esope à la Cour – présente quelques extraits où l'on lit, en creux, les effets du théâtre sur le spectateur, tels qu'attendus à la fin du siècle.

Votre grandeur, qui est un abîme d’érudition, sait mieux que personne que, depuis que les royaumes ont commencé d’être florissants et que l’on a bâti de grandes villes, il y a fallu des spectacles pour en amuser les habitants […] [au sujet de la fréquentation du théâtre par le pape] Eh, qu’y pouvait-on représenter de plus beau, de plus pur et si je l’ose dire, de plus profitable que les pièces de Corneille et de Racine ? Y a-t-il rien qui ait mieux démasqué l’hypocrisie que Le Tartuffe de Molière, et ne serait-il pas à souhaiter que les prédicateurs eussent converti autant d’âmes que cet auteur a corrigé de manières ridicules ? Combien y a-t-il de grands seigneurs, dont les flatteurs applaudissent jusqu'aux défauts et qui ne se verraient jamais tels qu’ils sont sans les portraits que l’on en fait à la comédie ? Ce n’est pas toujours le bras levé que l’on fait entendre raison aux hommes, et les instructions qui effraient font souvent moins d’impression sur les coeurs que celles qui divertissent.

Il faut étudier les grands,
S’accommoder à leurs caprices,
Et par des chemins différents
Corriger leurs différents vices.
D’un ton trop sévère et trop haut
Vouloir d’un orgueilleux réprimer le défaut,
C’est le rendre encore plus superbe.
Au lieu que sur son âme on fait plus de progrès
Suivant l’ingénieux proverbe
Castigat ridendo mores.

[…] S’ils [ceux qui se déclarent contre le théâtre] ont excité un peu de curiosité, ils ont bien causé des bâillements, et le plus heureux fruit que puisse faire ce qu’ils ont écrit, c’est, Monseigneur, de leur inspirer une ferme résolution de ne plus écrire. Que voit-on sur le théâtre du monde qui, à proprement parler, ne soit comédie, et que de personnages y fait-on à quoi il ne manque que le nom de Tartuffe pour être les originaux dont celui qu’on a représenté n’est que la copie ? […]

Correspondance disponible sur Gallica.


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