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1666

La Gravette de Mayolas ; Charles Robinet ; Adrien Perdou de Subligny, La Muse dauphine / Lettres en vers

Paris, Lesselin, 1666 et Paris, Chénault, 1666.

Comptes-rendus du Jupiter et Sémélé

Dans leurs lettres du 16 et du 17 janvier 1666, Subligny puis Mayolas rendent-compte du Jupiter et Sémélé de Boyer au Marais. Subligny revient sur le sujet le 18 janvier. Enfin, le 21 février 1666, Mayolas fait de la publicité pour un marionnettiste, Franzin, qui joue en miniature Jupiter et Sémélé

[Subligny]

Sa majesté, le même jour,
Presque avecque toute la cour,
Fut voir, sans mouiller la semelle,
Comment Jupiter et Sémélé
Se font l’amour, sur nouveaux frais,
Dans les machines du Marais.
Ce sont, ce dit-on, des merveilles
Pour les yeux et pour les oreilles.
Pour les oreilles, je le crois
Ainsi qu’un article de foi,
Car Boyer, qui sur le théâtre
Fait du bruit presque autant que quatre,
De ce poème a fait les vers,
Et Molier a fait les concerts.
Mais quand nous aurons vu l’ouvrage,
Nous en jaserons davantage.
Et j’ajoute ici seulement
Que La Roque fit compliment
Ou harangue à notre beau Sire,
Autant bien qu’on le saurait dire.


[Mayolas]

Le commencement et le cours
Et la fin des tendres Amours
De Jupiter et de Sémelle

Font d’une manière si belle
Partout chanter et publier
Le savoir de Monsieur Boyer
Qu’il est bien juste que je die
Que cette tragi-comédie
Est pleine d’actes surprenants,
De vers et de pensers charmants.
Chacun admire une machine
Qui semble être presque divine,
Faisant si promptement aller
Et du bout à l’autre voler
Cette éclatante Renommée,
Des honnêtes gens tant aimée.
Du théâtre les changements,
Décorations, ornements,
Augmentent la magnificence
De cet ouvrage d’importance,
Et les talents particuliers
De l’esprit de Monsieur Molier,
Par un concert incomparable,
La rendent fort recommandable.
Le ROI, MADAME, avec MONSIEUR,
Lui voulurent faire l’honneur
De l’honorer de leur présence,
Avecque les plus grands de la France.
À moi, qui l’aime dessus tous,
Il m’en coûta jusqu’à cent sous,
Soit en grande ou petite espèce,
Pour voir à mon tour cette pièce.
Les comédiens du Marais,
Pour leur gloire et leurs intérêts,
Ont montré non moins de justesse
Que de pompe et de gentillesse ;
Et tout le monde y court aussi
Pour voir ce que j’en dis ici.


[Subligny]

Le Roi ces jours passés vit les grandes machines
Des comédiens du Marais,
Qui furent à son gré superbes et divines
Dans ses vols, ses rochers, ses eaux et ses palais.
Les acteurs s’étaient mis en frais
Pour divertir ce grand monarque,
Aussi leur donna-t-il une obligeante marque
Que son plaisir y fut plus parfait que jamais.


[Mayolas]

Jeudi, notre grand souverain,
Étant parti de Saint-Germain
Où la cour élit domicile,
Vint dans notre superbe ville,
Escorté, suivi, secondé
Du vaillant prince de Condé,
Du duc d’Enghien, très brave prince,
De maint gouverneur de province,
Et de nombre de courtisans.
Pour le gain des riches marchands,
Le roi fit un tour à la Foire,
Pour son plaisir et pour leur gloire.
Ensuite, il reprit son chemin,
Et moi j’entrai chez Francizin.
Ce joueur de marionnettes
A des machines si parfaites,
Des figures pareillement,
Qu’il ne fut rien de si charmant,
Et l’on n’a point vu de merveilles
En France à celles-là pareilles.
Il représente justement
Et tout à fait naïvement
Des amours la trame fidèle
De Jupiter et de Sémélé,
Qu’au Marais les comédiens,
Dont on aime les entretiens,
Avec une allégresse extrême
Ont fait voir à notre roi même,
Quatorze décorations,
Avecque les proportions
En même justesse galante,
Sa troupe vous les représente.
Parmi ce divers ornement
Du théâtre divertissant,
Ballet, farces et comédies
Sont aussi vues et bien ouïes,
Suivis d’un concert des plus fins
Que forment plusieurs clavecins,
Dessus et basses de viole,
Plus touchant que n’est la parole.
Parmi les plaisirs que voilà
On entend, outre tout cela,
Une agréable symphonie,
Moitié de France et d’Italie,
Et lui seul, en homme d’honneur,
Jure d’être l’unique joueur
De cette méthode nouvelle,
Sans oublier Polichinelle,
Ainsi que dame Antonia,
Et Francisquine ; tant y a
Que toutes trois, par leur adresse,
Font toujours quelques gentillesse.
Vous pourrez voir ce que je dis,
À deux heures après midi,
Tandis qu’il est dans le royaume,
Logé dans un grand jeu de Paume, [rue des Quatre-Vents, près la Foire.]
Ou bien, si vous le voulez tous,
Il se transportera chez vous.

Transcription de David Chataignier disponible sur le site Molière21.


Pour indiquer la provenance des citations : accompagner la référence de l’ouvrage cité de la mention « site Naissance de la critique dramatique »