Notre projet « tvélargie » reçoit le prix Memoriav 2020 !

A l’occasion de la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel du 27 octobre 2020, l’association pour la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle suisse, Memoriav, décerne son « Prix Memoriav » à notre site web !

Speakerines. Archives de la RTS.

Memoriav explique ainsi son choix :

La recherche est un maillon important qui participe à une meilleure compréhension et prise en charge du patrimoine audiovisuel. Avec votre contribution, vous ouvrez la voie à de nouvelles possibilités d’appréhender le patrimoine audiovisuel dans le cadre universitaire. Memoriav souhaite souligner le caractère exemplaire de ce projet et vous en félicite !

Nous en sommes ravi·e·s et nous remercions Memoriav pour la reconnaissance de notre travail que nous poursuivons depuis 4 ans.

Pour en savoir un peu plus, vous pouvez consulter la présentation de nos usages pluriels des sources audiovisuelles, que ce soit dans le cadre de la recherche, de l’enseignement ou au sein de notre démarche de médiation avec un plus large public. Mais il est aussi possible de tout simplement naviguer sur notre site web!

Memoriav et la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel

Du 21 au 29 octobre, Memoriav célèbre la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel autour du slogan « WEISCH NO? – TU T’SOUVIENS? – TI RICORDI? ».  L’association pour la sauvegarde des archives audiovisuelles en Suisse coordonne les actions proposées par près d’une trentaine d’institutions culturelles désireuses de valoriser leurs fonds, dont plusieurs seront menées en ligne.

Parmi les différentes initiatives, il y a la visite audiovisuelle de Berne organisée par Memoriav, le Musée d’histoire de Lucerne qui ouvre son exposition autour du suffrage féminin « Eine Stimme haben. 50 Jahre Frauenstimmrecht Luzern », les archivistes de la Médiathèque Valais – Martigny qui présentent leur métier et quelques perles des collections patrimoniales, la projection du film « Au village du chocolat » au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel dans le cadre de son exposition sur la Maison Suchard ou encore la mise en avant des activités de notre projet de recherche en regard des archives audiovisuelles. Mais ceci n’est qu’un aperçu du riche programme auquel participent bien d’autres institutions.

A noter finalement que le colloque annuel de Memoriav se tient ce 26 octobre, en ligne, autour de la question « Sammeln, aber wie? / Collecter. Mais comment s’y prendre? Audiovisuelle Sammlungsstrategien im Zeichen der digitalen Wende / Stratégie d’acquisition des documents audiovisuels dans un contexte numérique ». Il est ouvert à toute personne intéressée. Le programme complet de l’événement est consultable ici.

Parution: Faire (de) la télévision

La revue Biens symboliques, qui tente d’appréhender l’activité culturelle dans un sens large et comme une production collective, a consacré son sixième numéro, paru en 2020, à la télévision. Dirigé par les sociologues Séverine Sofio et Muriel Mille, le volume Faire (de) la télévision. L’audiovisuel vu par les sciences sociales réunit douze contributions abordant l’objet télévisuel sous l’angle de ses systèmes de production et des professions qui le constituent. Agent·e·s artistiques, scénaristes, ingénieur·e·s du son ou encore professionnel·le·s de la télé-réalité sont autant de métiers analysés dans le cadre de ce dossier.

Les articles sont disponibles en français et en anglais.

Résumé du dossier:

« Réputée en perte de vitesse avec la multiplication des écrans et des nouvelles pratiques de consommation des productions audiovisuelles, la télévision est un média qui, tout en restant dominant, est en pleine mutation. La fabrique de ses programmes, rarement analysée par les sciences sociales, fait l’objet de ce dossier. On se propose d’y étudier, à travers des perspectives à chaque fois différentes, les rouages de la production audiovisuelle pour interroger les ressorts de la division du travail, les effets des contraintes (temporelles, économiques, d’audience, etc.) sur les biens produits, les mécanismes de l’internationalisation des programmes ou encore la difficile reconnaissance du statut des auteur·e·s. »

 

Parution: Television at Work

Kit Hughes, professeure en Visual & Media Culture à l’Université d’État du Colorado, a récemment publié l’ouvrage Television at Work: Industrial Media and American Labor chez Oxford University Press. La chercheuse y propose une autre histoire de la télévision en examinant son exploitation dans le cadre du travail, où le médium contribue à l’efficacité industrielle mais aussi à consolider certaines idéologies et au développement économique de l’entreprise. Ce déplacement du regard hors des industries médiatiques commerciales ouvre des perspectives intéressantes sur l’histoire de la télévision en permettant notamment de l’aborder comme une technologie de contrôle et de management.

Présentation:

Television has never been exclusive to the home. In Television at Work, Kit Hughes explores the forgotten history of how U.S. workplaces used television to secure industrial efficiency, support corporate expansion, and manage the hearts, minds, and bodies of twentieth century workers. Challenging our longest-held understandings of the medium, Hughes positions television at the heart of a post-Fordist reconfiguration of the American workplace revolving around dehumanized technological systems. Among other things, business and industry built private television networks to distribute programming, created complex CCTV data retrieval systems, encouraged the use of videotape for worker self-evaluation, used video cassettes for training distributed workforces, and wired cantinas for employee entertainment. In uncovering industrial television, the book reveals how labor architectures shaped by these uses of television were foundational to the rise of the digitally mediated corporation and to a globalizing economy.

 

Nouvelle contribution à notre série « Vu en classe »

Les textes proposés dans la série « Vu en classe » sont issus de différents enseignements donnés par François Vallotton et Anne-Katrin Weber. Pour ce qui concerne cet article rédigé par Anouk Rieben que nous sommes ravi·e·s de faire découvrir, il s’agit du cours-séminaire « Les mutations du télévisuel en Suisse dans le long XXe siècle: acteurs, dispositifs et imaginaires sociaux ».

« Alfred Willener et l’utilisation de la vidéo à des fins sociologiques », par Anouk Rieben, août 2020.

Radio TV je vois tout, 8 mars 1973. Article sur Alfred Willener et ses travaux sur la vidéo avec les étudiant·e·s de l’Université de Lausanne.
Au début des années 1970, la vague de contestations de mai 68 connaît un « écho tardif » en Suisse romande. En parallèle, le magnétoscope portable fait son entrée sur le marché. Le sociologue suisse Alfred Willener, professeur à l’UNIL dès 1970, verra dans cet outil un contre-pied aux mass media et un terrain d’expérimentation pour la démarche sociologique tant sur le plan de l’enseignement que de la recherche.

Lire l’intégralité de l’article ici.

Marc Ferro et l’histoire à la télévision

La revueThéorème consacre son 31e numéro, paru en 2020 aux Editions Presse Sorbonne Nouvelle, à la carrière audiovisuelle de Marc Ferro. Historien spécialiste des révolutions russes, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et co-directeur des Annales, Marc Ferro est également un spécialiste de l’histoire du cinéma et un pionnier de l’étude des rapports entre histoire et cinéma.

Dirigé par Martin GoutteSébastien LayerleClément PugetMatthias Steinle , le volume de 350 pages L’Histoire en images. L’oeuvre audiovisuelle de Marc Ferro comporte des analyses de spécialistes de cinéma, télévision et histoire, des entretiens avec Marc Ferro  et de ses proches collaborateurs ainsi qu’une filmographie complète de son oeuvre. 

Ce numéro permet également d’interroger les usages de l’histoire sur le petit écran et revient sur les nombreux projets audiovisuels menés par l’historien : films et téléfilms unitaires, séries documentaires et expérimentales, émissions de télévision et parmi elles, les 630 épisodes d’Histoire parallèle, qu’il a conçu avec la productrice Louisette Neil et présenté sur La Sept puis sur Arte de 1989 à 2001. 

Portrait de Marc Ferro le 18 fevrier 1987 ©Sophie Bassouls/Leemage.

 

Pour aller plus loin:

« L’histoire à la télévision, la vie parallèle de Marc Ferro »Télérama, 09 juillet 2020.

« J’ai peur que l’information aveugle autant qu’elle informe ». Entretien avec Marc Ferro, Ina. Revue des médias, 30 mai 2016.

« De la BDIC à Histoire parallèle. Regards d’historiens et de témoins sur les archives », par Marc Ferro, Matériaux pour l’histoire de notre temps, n°89-90, 2008, p.147-155.

« Cinéma/Télévision: les formes de l’histoire », par Marc Ferro, octobre 2002.

Appel à communications: Télévision. État des lieux

La revue Réseaux, Communication, Technologie et Société attend jusqu’au 1er septembre des propositions de contributions pour un prochain numéro sur le thème « Télévision: État des lieux ».

Coordonné par les sociologues des médias Dominique Pasquier et Franck Rebillard, le dossier « voudrait rendre compte tout à la fois [des] permanences et [des] changements » qui caractérisent la pratique télévisuelle, autant aujourd’hui qu’hier, en se focalisant néanmoins « sur la télévision en tant que média audiovisuel fondé sur des grilles de programme », un choix certes quelque peu éloigné de la perspective adoptée par notre projet « Pour une histoire élargie de la télévision en Suisse ».

Extrait de l’appel à consulter en intégralité ici:

La pratique télévisuelle, on le sait, a toujours été marquée par d’importantes variations selon les âges et les milieux sociaux. Ces écarts se sont même creusés, en particulier avec internet. Elle s’est aussi transformée dans ses modes de production et de programmation avec une multiplication du nombre de chaînes, le déclin de certains genres et la montée d’autres, et les canaux supplémentaires procurés par les plateformes de partage et les services de streaming vidéo… Ses modes de consommation et ses modalités de réception ont aussi été transformés par l’offre de replay, la création de communautés en ligne qui viennent équiper l’expérience spectatorielle autour d’activités créatives partagées comme le sous-titrage amateur ou fansubbing, mais aussi les nouvelles possibilités ouvertes par l’expérience de la consommation télévisuelle en mobilité sur les smartphones. Pour autant, la logique sociale de programmation de rendez-vous tout comme les échanges collectifs autour d’images partagées n’ont pas disparu. Ils semblent plutôt perdurer sous des formes renouvelées, à partir d’un réaménagement du flot télévisuel ou de son hybridation avec d’autres pratiques plus «natives» du numérique.

Parution: Her Stories. Daytime Soap Opera and US Television History

Le début de l’année a vu la parution de l’ouvrage « Her Stories. Daytime Soap Opera and US Television History » chez Duke University Press. Signé par la professeure en Media, Cinema et Digital Studies à l’Université du Wisconsin–Milwaukee, Elena Levine, le livre propose une histoire culturelle et économique des feuilletons télévisés aux États-Unis, depuis leurs débuts à la fin des années 1940 jusqu’à leur déclin au 21e siècle. L’étude approche ainsi l’histoire de la télévision en croisant des questions industrielles, de genre, de génération et de race.

La chercheuse dit au sujet du texte sur lequel elle a travaillé pendant douze ans: « I started to realize that there was a story to tell here that would arch over all of television history from the 1940’s and 50’s up to the present. One of the things that led me to the focus of my book was in the late 2000’s, a number of daytime soap operas started to get canceled and there were four shows that were on for decades that got canceled between 2009 and 2012. It made me realize that there was a kind of an end to this story. »

 

Présentation de l’ouvrage:

« Since the debut of These Are My Children in 1949, the daytime television soap opera has been foundational to the history of the medium as an economic, creative, technological, social, and cultural institution. In Her Stories, Elana Levine draws on archival research and her experience as a longtime soap fan to provide an in-depth history of the daytime television soap opera as a uniquely gendered cultural form and a central force in the economic and social influence of network television. Closely observing the production, promotion, reception, and narrative strategies of the soaps, Levine examines two intersecting developments: the role soap operas have played in shaping cultural understandings of gender and the rise and fall of broadcast network television as a culture industry. In so doing, she foregrounds how soap operas have revealed changing conceptions of gender and femininity as imagined by and reflected on the television screen. »

Signalons par ailleurs que notre collègue de la Section d’histoire et esthétique du cinéma de l’Université de Lausanne, Delphine Chedaleux, proposait en 2019 un séminaire intitulé « Le soap opera et ses spectatrices : une approche par les cultural studies ». Elle prépare actuellement un ouvrage sur le soap opera que nous ne manquerons pas de relayer!

 

BLM II: Black Is Beautiful, 1973 et Jetzt reden wir Schwarzen, 2020

A la lumière des violences policières contre la population afro-américaine aux États-Unis, et du mouvement international Black Lives Matter qui mène une lutte acharnée pour combattre ces violences, nous publions ici des documents issus des archives télévisuelles. Ceux-ci éclairent l’histoire des luttes anti-racistes et anti-impérialistes américaines et leur représentation à la télévision en Suisse .

Après l’entretien réalisé dans l’émission La Voix au chapitre en 1975 avec Angela Davis, nous poursuivons la série avec la présentation d’une émission réalisée en 1973 par la TSR sous le titre Black is Beautiful. En plus d’être une redécouverte d’une production télévisuelle largement oubliée, cette émission fait directement écho aux vifs débats qui ont accompagné très récemment l’Arena sur la SRF – la version suisse allemande d’Infrarouge. En porte à faux avec les déclarations de bonnes intentions de la part de ses producteurs, cette émission a permis la diffusion d’un discours discriminatoire et niant les problèmes structurels de racisme quotidien que les personnes de couleur rencontrent toujours en Suisse. Ayant ainsi trahi son objectif de donner la voix aux personnes concernées par le racisme, la SRF a programmé une deuxième discussion censée corriger le discours porté par le premier débat télévisé.

Black is Beautiful, 17 mai 1973: « Des Noirs parlent des Noirs »

Radio TV je vois tout, 10 mai 1973

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diffusée le jeudi 17 mai 1973 à l’heure du prime time, de 20h15 à 22h45, Black is Beautiful fait partie d’un nouveau format d’émissions promu sous le titre Grand Soir. Une première émission-test, dédiée à l’Irlande, a été diffusée en août 1972; Black is Beautiful est présentée comme la « véritable première édition de cette nouvelle émission ».

La spécificité de Grand Soir consiste à réunir des productions de genres divers – spectacle, variété, informations – autour d’une seule thématique. Celle-ci est ainsi explorée sous de nombreux angles pendant deux heures et demie. Chaque volet propose de mobiliser « plusieurs moyens de la télévision »: le reportage, le direct, le plateau… Le second volet de Grand Soir est diffusé le vendredi 2 novembre 1973 et est entièrement dédié au sujet de Folie, ma soeur; en avril 1975, la TSR se penche sur le sujet Vivre son corps, alors qu’en 1976, lors de la dernière mouture, une soirée est dédiée à la musique.

Le réalisateur de Black is Beautiful, Raymond Vouillamoz, revient sur les ambitions du concept quelque peu expérimental dans un article publié à l’occasion du second volet de Grand Soir, en novembre 1973. Il explique:

« Trop souvent, la télévision sert uniquement de véhicule aux moyens d’expression classiques tels le journalisme, le cinéma ou le théâtre. Or, nous pensons que la richesse technique et la souplesse horaire dont dispose la télévision lui permettent, tout en empruntant à des domaines connus, de rechercher un langage spécifique. Avec « Grand Soir », nous essayons d’explorer toutes ses possibilités. » (Radio TV – Je vois tout, 25 octobre 1973)

La première partie de Black is Beautiful mélange ainsi des débats en direct sur le plateau, des intermèdes de danse contemporaine, de musique folk et des performances de théâtre auxquels s’ajoutent des reportages enregistrés. Outre l’envie d’expérimentation qui caractérise l’émission et qui la rend précieuse d’un point de vue de l’histoire des programmes de la RTS, c’est sa thématique et sa mise en scène qui la rendent particulièrement pertinente dans le contexte actuel. Sur le plateau du journaliste Pierre-Pascal Rossi se réunissent des invité·e·s illustres: l’écrivain James Baldwin, le chanteur Richie Havens, Ernst Morgan, danseur et chorégraphe, Eleanor Hicks, consule des USA à Nice et première femme noire à avoir accédé à ce poste, Stanislas Spero Adotevi, philosophe, Albert Tevoedjre, sous-directeur général du Bureau international du travail, Jean-Pierre N’Diaye, sociologue, Maryam Maxim, comédienne. L’émission s’ouvre sur un gros plan de Maryam Maxim qui cite un texte de Stanislas Spero Adotevi tiré de son ouvrage Négritude et Négrologues :

Le nègre n’est pas une couleur, c’est une valeur. Le nègre qui n’a pas foi dans la réhabilitation de sa race n’est pas un homme. Black is Beautiful.

S’enchaînent ensuite des interventions en direct d’artistes et d’intellectuel·le·s présents sur le plateau ainsi qu’une série de reportages organisée autour des trois thématiques: servitude, choc de deux cultures et libération. Dans toutes ces réalisations, une large place est donnée aux personnes noires et à leurs expériences aux États-Unis et en Europe. Si certains éléments de l’émission nécessitent un regard critique – je pense en particulier à l’utilisation à des fins décoratives de l’art africain dans le studio qui rappelle l’héritage colonial des musées occidentaux – la réalisation de la TSR est remarquable dans sa manière de faire une place aux artistes, intellectuel·le·s et figures de la vie politique noir·e·s :

 

Arena, 12 juin 2020: « Jetzt reden wir Schwarzen »

A travers ses thématiques, Black is Beautiful aborde ainsi non seulement des sujets tels que le racisme ou les inégalités structurelles qui en découlent, mais honore également sa devise « des noirs parlent des noirs » en ouvrant le plateau à des femmes et hommes noir-e-s.

Le 12 juin 2020, suite au meurtre de George Floyd et au mouvement BLM qui prend de l’ampleur dans les villes suisses, l’émission Arena de la SRF emprunte ce même titre, « Jetzt reden wir Schwarzen », maintenant, nous les noirs parlons. Déjà en amont de l’émission, toutefois, de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux dénoncent la composition des invité·e·s qui ne respecte pas le slogan choisi, et dont la photographie de plateau rend compte au premier coup d’oeil:

Sur le devant de la scène discutent outre le présentateur Sandro Brotz (au milieu): Andrea Geissbühler, conseillère nationale UDC et policière; James Foley, représentant du parti des républicains américains et supporter de Trump; le comédien Kiko et la conseillère nationale PS Samira Marti. Placées sur les bancs du public (absent en raison du COVID-19) en arrière-fond figurent Angela Addo, membre de la JUSO et militante dans le mouvement Black Lives Matter et Gabriella Binkert, UDC. Manuel Obafemi Akanji, footballeur, intervient via un entretien enregistré. Ainsi, 3 des 4 interventant·e·s principaux sont blancs; la parole des personnes de couleur est littéralement reléguée à la marge. Au lieu de faire une place aux expériences des personnes noires en Suisse, on entend avant tout les voix privilégiées de personnes blanches niant tout problème de racisme ou d’inégalités structurelles. Ainsi, Andrea Geissbühler proclame qu’ « aucun membre de l’UDC n’est raciste ».  James Foley s’était déjà fait un nom en 2016 sur le site watson.ch lorsqu’il proclamait qu’Obama n’était pas américain puisque son certificat de naissance était falsifié.

A la suite de l’émission, 130 plaintes sont déposées auprès de l’Ombudsman de la SRF. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, les critiques fusent quant aux nombreux problèmes soulevés par la conception même de l’émission. Face à ce désastre politique et institutionnel, Sandro Botz s’excuse publiquement de l’échec de son émission et organise une deuxième mouture le 19 juin 2020, avec cette fois exclusivement des invité·e·s de couleur.

L’émission Arena de juin 2020 représente ainsi un cas d’école à la fois des préjugés et discriminations racistes qui persistent en Suisse et de l’importance des résistances contre cette forme d’oppression. Le détour via les archives de la télévision suisse permet un éclairage historique de ces débats et nous fait découvrir une réflexion sur la représentation des questions raciales à la télévision qui, presque 50 ans après, n’a malheureusement en rien perdu de son actualité.

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Un grand merci à RTS Archives, et en particulier à Marielle Rezzonico, pour la mise à disposition du clip de Black is Beautiful.

 

Parution: In the studio. Visual Creation and Its Material Environments

L’historien de la culture visuelle et des médias à l’Université de Toronto, Brian R. Jacobson, a dirigé un ouvrage qui est paru ce mois chez University of California Press. Intitulé In the Studio. Visual Creation and Its Material Environments, l’ouvrage se propose de penser la diversité des significations et enjeux que revêt le studio, « at once, material environments and symbolic forms, sites of artistic creation and physical labor, and nodes in networks of resource circulation ». Ce faisant, le volume aspire à démontrer que, « when we foreground these worlds, we gain new insights into moving-image culture and the dynamics that quietly mark the worlds on our screens. »

Studio de la BBC à l’exposition Radiolympia, 1938.

Notre collègue Anne-Katrin Weber a contribué à l’initiative avec le chapitre « Ephemeral Studios: Exhibiting Televisual Spaces during the Interwar Years ». Elle y montre comment le studio était un élément central dans les modalités de présentation de la télévision dans les exposition et foires de l’entre-deux-guerres. 

« Contrary to permanent studios, exhibition’s studios were built to be disassembled: their ephemerality corresponded to the exhibition’s own temporality as a fleeting event for the celebration of consumer culture and new technology » souligne l’historienne de la télévision dont la contribution permet un éclairage nouveau sur l’histoire du média et sur la manière dont son identité s’est construite avant qu’il ne devienne un media de masse.